lundi 19 août 2019

L'étonnement et la répétition

La modernité s’épuise à ne pas vouloir dire que l’élève doit apprendre ce que d’autres savent déjà. Et qu’il le fera par la répétition.

S’il est question d’apprendre, c’est parce que de plus vieux ont acquis un savoir ou savoir-faire dont il importe à la communauté que (i) il soit transmis pour ne pas se perdre, (ii) il puisse s’améliorer au fil des générations.

La voie proposée est celle de (i) l’étonnement devant les prouesses que les plus anciens ont pu réaliser suivant l’exemple de plus anciens encore, et celle de (ii) la répétition qui permet à une jeune personne de s’approprier ce qui ne relève pas de son patrimoine héréditaire mais lui est proposé de l’extérieur par d'autres personnes.

Si apprendre par soi-même signifie "apprendre de manière active, en faisant à son tour", alors oui, l'élève doit apprendre par lui-même. Mais il n'en reste pas moins que ce qu'il doit apprendre lui vient de l'autre.

jeudi 15 août 2019

Nous n’oublions pas les mots

Nous n’oublions pas les mots que nous employons pour faire apparaître les êtres et les choses.

Si je dis « lune », la lune apparaît, mais sans pour autant perdre son nom. Celui-ci ne se fait pas oublier. Et si, dans ma toute première enfance, la lune a porté un autre nom, ce nom restera à jamais celui qu'elle portera le mieux.

La Grande Société Libérale voudrait que les langues soient pour nous comme des monnaies utiles. Que nous nous en servions sans trop nous arrêter aux mots. Sans y attacher trop d'importance. Précisément pas à la lettre des mots. Que nous regardions et utilisions notre langue maternelle comme une parmi les autres. Capable de faire apparaître les choses. En oubliant aussitôt les mots qui les font apparaitre. Comme les monnaies évidemment convertibles font apparaitre des produits dans les chariots des supermarchés.

Mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Les mots ne se séparent pas des êtres. Ils s’impriment en eux.

Et nous autres humains sommes occupés à déchiffrer la lettre des êtres et des choses.

lundi 12 août 2019

Il n'y a pas d'amour heureux | Aragon

Pour ce que je crois en savoir, Georges Brassens n’avait pas beaucoup de sympathie pour les communistes. On peut imaginer ses raisons. On ne se trompera pas de beaucoup. Le fait est que son camp, durant l’Occupation, alors qu’il s’était dérobé au STO et se cachait dans Paris, c’était le pauvre foyer que lui offrirent l’Auvergnat et l’Auvergnate, la Jeanne de la chanson. Cela ne rend-il pas d’autant plus remarquable qu’il soit, en 1953, le premier (à ma connaissance) à mettre en musique un poème de Louis Aragon? La chose se passe en pleine période stalinienne (soit avant le rapport Khrouchtchev qui date de février 1956). Et quant aux autres emprunts que la chanson populaire fait à la poésie, on retiendra que, la même année, Yves Montand enregistre Saltimbanques de Guillaume Apollinaire, et que, à ces deux adaptations, nous ne connaissions qu'un seul antécédent historique: celle de Chanson d’automne, de Paul Verlaine, mis en musique (jazz) par un certain Charles Trenet en 1941. Pour ma part, je reste attaché à l'interprétation de Brassens lui-même, que j’écoutais dans ma chambre d’adolescent, dans les mois qui précédèrent le printemps 68. C'est celle que je vous propose de réentendre ici. Mais connaissez-vous celles qu’en ont donné François Hardy, Barbara, Youssou Ndour ou Nina Simone ?

jeudi 8 août 2019

Un chef barbare | Marie Depussé

Claude est souvent dans le petit bois, entre le pavillon du parc et la cuisine. Il convient de ne pas l’oublier. Figé là, le corps entier, l’expression rivés à la douleur. Claude est toujours en colère contre la douleur. Pas la douleur ordinaire. Je l’ai connu jeune. Il s’asseyait sur la plaque brûlante de la cuisinière et ne disait rien ; on le décollait comme on pouvait. Donc, pas cette douleur-là. Il n’a plus de dents, c’est la première chose qu’un psychotique abandonne, ses dents. Reste la flamme sombre de son regard, entre la double sauvagerie de sa barbe et de ses cheveux.
Un chef barbare, rêvant, au moment de l’assaut.

Dieu gît dans les détailsLa Borde, un asile. Marie Depussé, août 1993. Éd. P.O.L. Empl. 142.

L'étonnement et la répétition

La modernité s’épuise à ne pas vouloir dire que l’élève doit apprendre ce que d’autres savent déjà. Et qu’il le fera par la répétition. S...