dimanche 24 février 2019

Pantalons déchirés et fautes de français

Devons-nous nous offusquer de ce qu'une jeune personne se montre avec des pantalons déchirés ? Sans doute pas. À deux conditions au moins: que ce soit la mode, et que le reste de sa tenue soit très soignée.

Ces deux conditions sont complémentaires. La première nous dit que la jeune personne observe une convention. Même si la mode dont il s'agit reste minoritaire, qu'elle a quelque chose de provocant, il est de fait que c'est une mode, et qu'en l'observant, cette personne lui obéit.

Elle parle en cela une langue commune, qu'elle connaît, dont elle observe la règle, ce qui témoigne d'une étude (elle lit des magazines, elle regarde les autres) en même temps que d'une forme de respect à l'égard de ceux qui l'entourent. Et que le reste de sa tenue soit impeccable signifie qu'elle n'est pas négligente, qu'elle ne s'est pas vêtue ainsi par inadvertance ou par laisser-aller, ce que nous comprendrions comme une marque d'indifférence, de quoi nous pourrions légitimement nous plaindre.

Elle porte des pantalons déchirés mais cela de telle manière qu'on ne peut la soupçonner ni d'ignorance de la langue commune (la mode), ni d'inattention (ou de relâchement personnel). Et il me semble que nous devrions considérer un peu de la même manière les fautes de français, à l'oral comme à l'écrit.

Il faut avoir étudié la langue et se monter pleinement attentif à ce que l'on dit ou qu'on écrit pour ne pas déroger à la norme. Les fautes (ou les erreurs) commises ne valent pas en soi. Seul leur nombre les rend inexcusables, quand il nous fait soupçonner que la personne qui s'exprime n'a pas étudié la grammaire, ou n'est pas attentive à ce qu'elle dit. Ce qui nous laisse imaginer qu'elle ne fait grand cas ni d'elle-même ni de nous. Mais alors, oui, elles le sont.

Posons une bonne fois que la langue occupe une assez grande place dans nos vies pour qu’on puisse lui consacrer des moments d’étude et lui accorder de l’attention dans tous les usages que nous en faisons.

Si ce n'est pour enseigner la langue, pourquoi payer si cher une école et y astreindre si longtemps les enfants ? Et si, aujourd'hui, nous nous montrons tellement exigeants à l'égard de ce qui entre dans nos bouches (la nourriture), pourquoi l'être si peu à l'égard de ce qui en sort (les mots) ?

Le bon usage des QCM

En France, tout le monde connaît (ou devrait connaitre) le "Système d’évaluation par contrat de confiance" (EPCC) inventé par André Antibi (+).

Les QCM que nous proposons, attachés à nos M@P, répondent au même principe. Ils sont conçus comme des outils d’évaluation - mais d’une évaluation qui a ceci de particulier que chaque élève, quel que soit son niveau de savoirs et de compétences, peut la réussir. À condition de la préparer. À condition de bien vouloir apprendre.

Un Moulin à paroles (M@P) est travaillé en groupe. Disons celui de Ma Bohème. À l’issue de la séquence, le professeur demande aux élèves de retrouver ce M@P sur le site (en utilisant le moteur de recherche), de relire le texte, puis d’ouvrir le QCM qui y est attaché et d’y répondre.

Le professeur précise que chacun peut effectuer ce travail chez lui, au moment qui lui convient. Qu’il peut le faire seul ou avec l’aide d’un camarade. Qu’il peut s’y reprendre à plusieurs fois, en ayant soin de bien lire les corrections que le QCM fournit quand les réponses sont erronées. Et il ajoute que, la semaine suivante à la même heure, le même QCM sera soumis au groupe, mais sur papier. Et que, cette fois, chacun aura à y répondre seul, avec un crayon et une gomme.

Il y a fort à parier que les scores obtenus seront très au-dessus de la moyenne. L’important est qu’ils dessinent un chemin d’apprentissage sur lequel chacun saura qu’il peut s’engager. Et réussir !

jeudi 21 février 2019

Un revenant

Nous sortions peu de cet appartement. L’été surtout, à cause de la chaleur qui écrasait les rues. À cause des bruits de violences qui s’entendaient sous nos fenêtres. Mais la nuit, je quittais mon lit, je parcourais le couloir, je passais des portes dans une obscurité presque complète. Je ne reconnaissais pas les lieux. Je me croyais dans une forêt. J’y faisais des rencontres. Une rivière, un pont, un moulin, des animaux, de fiers chevaliers, des fantômes. Avec le temps, je compris qu’eux aussi, de leur côté, me regardaient comme un fantôme. Tel chevalier se signait à ma vue. Je compris qu’ils me prenaient pour un ermite ayant perdu la raison et qui errait sans but. Je buvais l’eau de la rivière et mouillais mes cheveux. Ceux-ci à présent pendaient sur mes épaules. Assis au pied d’un arbre, je mangeais des noisettes en dialoguant avec un lapin et un écureuil. Un couple de colombes parfois me faisait une visite. Priais-je encore ? Il me semble que je répétais indéfiniment la même phrase très courte, je ne sais plus laquelle. Puis, quand le ciel pâlissait au-dessus des toits, je retournais me coucher, et dans le sommeil j’oubliais ces aventures.

+ Poétrie

mardi 19 février 2019

Ma Bohème | Arthur Rimbaud



+ Plein écran
+ Audio
+ QCM

Heureux qui, comme Ulysse... | Joachim Du Bellay



Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestui là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand reverray-je, helas, de mon petit village
Fumer la cheminee, et en quelle saison
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le sejour qu’ont basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

(Les Regrets, XXXI, 1558)

lundi 18 février 2019

À la claire fontaine... | Traditionnel



+ Plein écran

L'Invitation au voyage | Charles Baudelaire



+ Plein écran

Le temps a laissé son manteau... | Charles d'Orléans



Le temps a laissé son manteau.
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête, ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

__________________
Une traduction sur le site FrenchToDay +

The season removed his coat
Of wind, cold and rain,
And put on embroidery,
Gleaming sunshine, bright and beautiful.

There is neither animal nor bird
That doesn’t tell in its own tongue:
The season removed his coat.

Rivers, fountains and brooks
Wear, as handsome garments,
Silver drops of goldsmith’s work;
Everyone puts on new clothing:
The season removed his coat.

Mai | Guillaume Apollinaire



+ Plein écran

vendredi 15 février 2019

D'un vanneur de blé aux vents | Joachim Du Bellay



A vous, trouppe legere
Qui d’aile passagere
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement esbranlez,

J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraischement écloses
Et ces œillets aussi.

De vostre douce haleine
Eventez ceste plaine,
Eventez ce sejour :
Ce pendant que j’ahanne
A mon bled, que je vanne
A la chaleur du jour.

(Jeux rustiques, 1558)

jeudi 14 février 2019

Impression fausse | Paul Verlaine



+ Plein écran

En Arles | Paul-Jean Toulet



Dans Arles, où sont les Aliscans,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd;

Et que se taisent les colombes:
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.

Les Contrerimes (1921)

mercredi 13 février 2019

Annie | Guillaume Apollinaire



Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons

Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons presque le même rite

Alcools (1913)

Icare est chu ici... | Philippe Desportes



+ Plein écran

lundi 11 février 2019

Le Petit Poucet | Charles Perrault



Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.
Le Petit Poucet grimpa au haut d’un arbre pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la forêt.
Il descendit de l’arbre ; et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien ; cela le désola.

Le texte complet sur Wikisource +

samedi 9 février 2019

Chanson d'automne | Paul Verlaine



+ Plein écran

Cendrillon | Charles Perrault



+ Plein écran

Chanson de Barberine | Alfred de Musset



Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu’allez-vous faire
Si loin d’ici ?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde,
Et que le monde
N’est que souci ?

Vous qui croyez qu’une amour délaissée
De la pensée
S’enfuit ainsi,
Hélas ! hélas ! chercheurs de renommée,
Votre fumée
S’envole aussi.

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu’allez-vous faire
Si loin de nous ?
J’en vais pleurer, moi qui me laissais dire
Que mon sourire
Était si doux.

Poésies nouvelles (1836-1852)

Les roses de Saadi | Marceline Desbordes-Valmore

vendredi 8 février 2019

Demain, dès l'aube... | Victor Hugo



+ Plein écran
+ Audio
+ QCM

Ah ! vous dirai-je, maman... | Traditionnel



+ Plein écran

Le Loup et l'Agneau | Jean de La Fontaine


La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?"
Dit cet animal plein de rage :
"Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

(1668)

La Chèvre de Monsieur Seguin | Alphonse Daudet



+ Plein écran

Le Dromadaire | Guillaume Apollinaire



+ Plein écran

Saltimbanques | Guillaume Apollinaire



+ Plein écran
+ Apollinaire, le meilleur ami de Picasso
+ QCM

L'Homme et la mer | Charles Baudelaire


Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets ;
Homme, nul ne connaît le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

(Les Fleurs du mal, 1857)

Le Grand Meaulnes | Alain-Fournier

Choses du soir | Victor Hugo



+ Plein écran

Automne | Guillaume Apollinaire



+ Plein écran

Défi M@P - 1

+ Plein écran