mercredi 27 février 2019

La Belle et la Bête | Jeanne-Marie Leprince de Beaumont


Il n’avait plus que trente milles pour arriver à sa maison, et il se réjouissait déjà du plaisir de voir ses enfants ; mais, comme il fallait passer un grand bois avant de trouver sa maison, il se perdit.

Il neigeait horriblement ; le vent était si grand, qu’il le jeta deux fois en bas de son cheval ; la nuit étant venue, il pensa qu’il mourrait de faim ou de froid, ou qu’il serait mangé par des loups, qu’il entendait hurler autour de lui.

Tout d’un coup, en regardant au bout d’une longue allée d’arbres, il vit une grande lumière, mais qui paraissait bien éloignée. Il marcha de ce côté-là, et vit que cette lumière sortait d’un grand palais qui était tout illuminé.

(1756)
Le texte complet sur Wikisource +

dimanche 24 février 2019

Pantalons déchirés et fautes de français

Devons-nous nous offusquer de ce qu'une jeune personne se montre avec des pantalons déchirés ? Sans doute pas. À deux conditions au moins: que ce soit la mode, et que le reste de sa tenue soit très soignée.

Ces deux conditions sont complémentaires. La première nous dit que la jeune personne observe une convention. Même si la mode dont il s'agit reste minoritaire, qu'elle a quelque chose de provocant, il est de fait que c'est une mode, et qu'en l'observant, cette personne lui obéit.

Elle parle en cela une langue commune, qu'elle connaît, dont elle observe la règle, ce qui témoigne d'une étude (elle lit des magazines, elle regarde les autres) en même temps que d'une forme de respect à l'égard de ceux qui l'entourent. Et que le reste de sa tenue soit impeccable signifie qu'elle n'est pas négligente, qu'elle ne s'est pas vêtue ainsi par inadvertance ou par laisser-aller, ce que nous comprendrions comme une marque d'indifférence, de quoi nous pourrions légitimement nous plaindre.

Elle porte des pantalons déchirés mais cela de telle manière qu'on ne peut la soupçonner ni d'ignorance de la langue commune (la mode), ni d'inattention (ou de relâchement personnel). Et il me semble que nous devrions considérer un peu de la même manière les fautes de français, à l'oral comme à l'écrit.

Il faut avoir étudié la langue et se monter pleinement attentif à ce que l'on dit ou qu'on écrit pour ne pas déroger à la norme. Les fautes (ou les erreurs) commises ne valent pas en soi. Seul leur nombre les rend inexcusables, quand il nous fait soupçonner que la personne qui s'exprime n'a pas étudié la grammaire, ou n'est pas attentive à ce qu'elle dit. Ce qui nous laisse imaginer qu'elle ne fait grand cas ni d'elle-même ni de nous. Mais alors, oui, elles le sont.

Posons une bonne fois que la langue occupe une assez grande place dans nos vies pour qu’on puisse lui consacrer des moments d’étude et lui accorder de l’attention dans tous les usages que nous en faisons.

Si ce n'est pour enseigner la langue, pourquoi payer si cher une école et y astreindre si longtemps les enfants ? Et si, aujourd'hui, nous nous montrons tellement exigeants à l'égard de ce qui entre dans nos bouches (la nourriture), pourquoi l'être si peu à l'égard de ce qui en sort (les mots) ?

Le bon usage des QCM

En France, tout le monde connaît (ou devrait connaitre) le "Système d’évaluation par contrat de confiance" (EPCC) inventé par André Antibi (+).

Les QCM que nous proposons, attachés à nos M@P, répondent au même principe. Ils sont conçus comme des outils d’évaluation - mais d’une évaluation qui a ceci de particulier que chaque élève, quel que soit son niveau de savoirs et de compétences, peut la réussir. À condition de la préparer. À condition de bien vouloir apprendre.

Un Moulin à paroles (M@P) est travaillé en groupe. Disons celui de Ma Bohème. À l’issue de la séquence, le professeur demande aux élèves de retrouver ce M@P sur le site (en utilisant le moteur de recherche), de relire le texte, puis d’ouvrir le QCM qui y est attaché et d’y répondre.

Le professeur précise que chacun peut effectuer ce travail chez lui, au moment qui lui convient. Qu’il peut le faire seul ou avec l’aide d’un camarade. Qu’il peut s’y reprendre à plusieurs fois, en ayant soin de bien lire les corrections que le QCM fournit quand les réponses sont erronées. Et il ajoute que, la semaine suivante à la même heure, le même QCM sera soumis au groupe, mais sur papier. Et que, cette fois, chacun aura à y répondre seul, avec un crayon et une gomme.

Il y a fort à parier que les scores obtenus seront très au-dessus de la moyenne. L’important est qu’ils dessinent un chemin d’apprentissage sur lequel chacun saura qu’il peut s’engager. Et réussir !

samedi 23 février 2019

La Carpe | Guillaume Apollinaire



+ Télécharger (PDF)

Dans vos viviers, dans vos étangs,
Carpes, que vous vivez longtemps!
Est-ce que la mort vous oublie,
Poissons de la mélancolie.

Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée (1911)

vendredi 22 février 2019

Il pleure dans mon cœur... | Paul Verlaine

+ Audio

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.

C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon cœur a tant de peine !

Romances sans paroles (1874)

jeudi 21 février 2019

Un revenant

Nous sortions peu de cet appartement. L’été surtout, à cause de la chaleur qui écrasait les rues. À cause des bruits de violences qui s’entendaient sous nos fenêtres. Mais la nuit, je quittais mon lit, je parcourais le couloir, je passais des portes dans une obscurité presque complète. Je ne reconnaissais pas les lieux. Je me croyais dans une forêt. J’y faisais des rencontres. Une rivière, un pont, un moulin, des animaux, de fiers chevaliers, des fantômes. Avec le temps, je compris qu’eux aussi, de leur côté, me regardaient comme un fantôme. Tel chevalier se signait à ma vue. Je compris qu’ils me prenaient pour un ermite ayant perdu la raison et qui errait sans but. Je buvais l’eau de la rivière et mouillais mes cheveux. Ceux-ci à présent pendaient sur mes épaules. Assis au pied d’un arbre, je mangeais des noisettes en dialoguant avec un lapin et un écureuil. Un couple de colombes parfois me faisait une visite. Priais-je encore ? Il me semble que je répétais indéfiniment la même phrase très courte, je ne sais plus laquelle. Puis, quand le ciel pâlissait au-dessus des toits, je retournais me coucher, et dans le sommeil j’oubliais ces aventures.

+ Poétrie

mardi 19 février 2019

Ma Bohème | Arthur Rimbaud



+ Audio

MA BOHÊME
(Fantaisie)

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Octobre 1870

+ Le commentaire d'Alain Bardel
+ QCM

Heureux qui, comme Ulysse... | Joachim Du Bellay



Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestui là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand reverray-je, helas, de mon petit village
Fumer la cheminee, et en quelle saison
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le sejour qu’ont basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

(Les Regrets, XXXI, 1558)

lundi 18 février 2019

À la claire fontaine... | Traditionnel



+ L'article de Wikipédia

L'Invitation au voyage | Charles Baudelaire


Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre, 
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

(Les Fleurs du mal, 1857)

Le temps a laissé son manteau... | Charles d'Orléans



Le temps a laissé son manteau.
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête, ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
Le temps a laissé son manteau.

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau :
Le temps a laissé son manteau.

__________________
Une traduction sur le site FrenchToDay +

The season removed his coat
Of wind, cold and rain,
And put on embroidery,
Gleaming sunshine, bright and beautiful.

There is neither animal nor bird
That doesn’t tell in its own tongue:
The season removed his coat.

Rivers, fountains and brooks
Wear, as handsome garments,
Silver drops of goldsmith’s work;
Everyone puts on new clothing:
The season removed his coat.

Mai | Guillaume Apollinaire



+ Audio

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

(Alcools, 1913)

vendredi 15 février 2019

D'un vanneur de blé aux vents | Joachim Du Bellay



A vous, trouppe legere
Qui d’aile passagere
Par le monde volez,
Et d’un sifflant murmure
L’ombrageuse verdure
Doucement esbranlez,

J’offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
Tout fraischement écloses
Et ces œillets aussi.

De vostre douce haleine
Eventez ceste plaine,
Eventez ce sejour :
Ce pendant que j’ahanne
A mon bled, que je vanne
A la chaleur du jour.

(Jeux rustiques, 1558)

jeudi 14 février 2019

Impression fausse | Paul Verlaine



Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche :
Dormez, les bons prisonniers
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !

(Parallèlement, 1889)

Le texte complet sur Wikisource +

En Arles | Paul-Jean Toulet



Dans Arles, où sont les Aliscans,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd ;
Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.

Les Contrerimes (1921)

mercredi 13 février 2019

Annie | Guillaume Apollinaire



Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose

Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons

Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons presque le même rite

Alcools (1913)

Icare est chu ici... | Philippe Desportes



mardi 12 février 2019

Harmonie du soir | Charles Baudelaire



Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, 
— Valse mélancolique et langoureux vertige ! —

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
— Valse mélancolique et langoureux vertige ! —
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
— Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
Du passé lumineux recueille tout vestige ; —
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige ;
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

(Les Fleurs du mal, 1857)

Clair de lune | Paul Verlaine


+ Audio

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques,
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

(Fêtes galantes, 1869)

dimanche 10 février 2019

Le Petit Chaperon rouge | Charles Perrault



Le Corbeau et le Renard | Jean de La Fontaine



La Cigale et la Fourmi | Jean de La Fontaine



+ QCM

La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal."
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
— Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez ? J’en suis fort aise.
Eh bien ! Dansez maintenant."

(1668)

Le Dormeur du val | Arthur Rimbaud



C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

+ L'article de Wikipédia
+ Le commentaire d'Alain Bardel
QCM

samedi 9 février 2019

Chanson d'automne | Paul Verlaine


+ Le texte original. Dans Poèmes saturniens (1866)
+ Version chantée par Charles Trenet (1941)
+ Le poème entre dans l'Histoire
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

(Poèmes saturniens, 1866)

Cendrillon | Charles Perrault



Chanson de Barberine | Alfred de Musset



Les roses de Saadi | Marceline Desbordes-Valmore



+ Audio

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses, envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Poésies inédites (1860)

vendredi 8 février 2019

Demain, dès l'aube... | Victor Hugo


+ Audio
+ L'article "Léopoldine Hugo" sur Wikipédia
+ QCM

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

- 3 septembre 1847 -
(Les Contemplations, 1856)

Ah ! vous dirai-je, maman... | Traditionnel

Le Loup et l'Agneau | Jean de La Fontaine


La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?"
Dit cet animal plein de rage :
"Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau ; je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

(1668)

La Chèvre de Monsieur Seguin | Alphonse Daudet


+ Audio
+ QCM

"Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête."

(Lettres de mon moulin, 1887)
Le texte complet sur Wikisource +

Attention ! Il semblerait que Paul Arène ait beaucoup contribué à l'écriture de ce conte, s'il n'en est pas l'unique auteur.

Le Dromadaire | Guillaume Apollinaire


Avec ses quatre dromadaires
Don Pedro d’Alfaroubeira
Courut le monde et l’admira.
Il fit ce que je voudrais faire
Si j’avais quatre dromadaires.

Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée (1911)

Saltimbanques | Guillaume Apollinaire



Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

(Alcools, 1913)

+ Apollinaire, le meilleur ami de Picasso
+ Famille de Saltimbanques (Picasso, 1905)
+ QCM

L'Homme et la mer | Charles Baudelaire


Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets ;
Homme, nul ne connaît le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

(Les Fleurs du mal, 1857)

Le Grand Meaulnes | Alain-Fournier


Lorsqu’il faisait noir, que les chiens de la ferme voisine commençaient à hurler et que le carreau de notre petite cuisine s’illuminait, je rentrais enfin. Ma mère avait commencé de préparer le repas. Je montais trois marches de l’escalier du grenier ; je m’asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans l’étroite cuisine où vacillait la flamme d’une bougie.

Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes.

(Le Grand Meaulnes, 1913)
Chapitre II - Après quatre heures...
Texte complet sur Wikisource +

Choses du soir | Victor Hugo



+ Audio

Le brouillard est froid, la bruyère est grise ;
Les troupeaux de bœufs vont aux abreuvoirs ;
La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Un panache gris sort des cheminées ;
Le bûcheron passe avec son fardeau ;
On entend, parmi le bruit des cours d’eau,
Des frémissements de branches traînées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La faim fait rêver les grands loups moroses ;
La rivière court, le nuage fuit ;
Derrière la vitre où la lampe luit,
Les petits enfants ont des têtes roses.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

(L'art d'être grand-père, 1877)
Le texte complet sur Wikisource +

Automne | Guillaume Apollinaire

Épeler pour apprendre

Un enfant de 5-6 ans peut avoir la curiosité de déchiffrer des mots qu'il rencontre dans le monde qui l'entoure. Pour autant, l'...