vendredi 29 mars 2019

Bribes de Proust

J'étais hier après-midi au collège Le Pré des Roures, au Rouret, invité par des collègues amies dont je connais l'excellence du travail, ce qui m'avait donné l'envie d'essayer dans leurs classes deux Moulins à paroles (M@P) consacrés à Marcel Proust, que je gardais en réserve, craignant qu'ils ne fussent trop difficiles ailleurs où je vais.

Mon goût pour l'auteur avait été ravivé, ces derniers mois, par la lecture du Lambeau où Philippe Lançon l'évoque à toutes les pages, et parce qu'il insiste sur le fait que, dans les conditions extrêmes où il se trouve, il lui suffit d'extraire quelques passage de la Recherche, d'en lire et d'en relire de longs fragments comme il choisirait dans une forêt magique une plante médicinale dont il se ferait, chaque soir, une décoction pour mieux passer la nuit. Puis, j'avais déjà confectionné mes M@P, quand une visite à la librairie Les Parleuses, de la rue Defly, à Nice, m'a fait découvrir La Madeleine de Proust, album conçu et illustré par Betty Bone aux éditions Courtes et Longues. Le style graphique et l'intelligence de cet ouvrage m'ont aussitôt ravi, et j'ai trouvé que l'artiste montrait plus de courage que moi en prélevant dans la vaste fresque de l'auteur trois bribes délicieuses, la première concernant "la Madeleine", la seconde "Le Drame du coucher," et la troisième la première rencontre avec "Gilberte".

Et donc hier, dans un collège où le bois blond des charpentes et la lumière qui afflue par les baies vitrées vous font croire que vous seriez embarqué dans un yacht, j'ai fait tourner, dans une classe de cinquième où m'accueillait Patricia Ferran, mon M@P intitulé Grand-mère sous la pluie +, puis dans une classe de troisième conduite par Catherine Besson, celui dédié aux Mouettes sur la digue +. Et, dans les deux cas, le même miracle s'est produit.

Les élèves ont évidemment perçu que cet exercice d'attention qui leur était proposé, impliquant la mémoire, n'était en réalité rien d'autre qu'une forme de méditation à laquelle on pouvait participer en chuchotant aux oreilles les unes des autres, en prenant le relais de lectures qui seraient restées en panne, trois tables plus loin, si l'on n'était venu en aide à celui ou celle qui devait reprendre son souffle, cela avec toujours sur le visage un sourire qui s'adresse à soi-même plus qu'aux autres, jusqu'au moment de vérité où la reconstitution du texte doit se faire par écrit, une conclusion qui hier fut heureuse, puisque ces étonnantes dictées mémorielles ont donné lieu à plusieurs "sans faute" dans chaque groupe.

Enfin l'on se lève et se salue comme on ferait à l'issue d'un combat de karaté. Le maître félicite les élèves de ce qu'ils ont réalisé, et eux, en échange, le remercient d'être venu. What else ?

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