samedi 2 mars 2019

Une plage bretonne

En vieillissant je me souviens de lieux et de circonstances où je n’ai jamais été. C’est en particulier une plage bretonne, la nuit. Je sors d’un café où j’ai passé des heures parmi beaucoup d’autres individus dont je vois les cabans, le visage parfois, mais sans être sûr d’en reconnaître aucun, et, au moment de prendre ma moto pour rentrer chez moi, au bout d’une route sinueuse où il faudra que je penche comme un beau voilier, où j’aurai froid, je me rends compte que j’ai trop bu pour conduire, et du coup je décide de descendre sur la plage, d’aller voir de plus près et d’écouter la mer. Je me tiens debout devant elle, à la manière de l’homme libre de Baudelaire, mais je suis plutôt honteux de me sentir malade, prêt à vomir. Et pour surmonter la nausée et le vertige, je m’efforce de réciter des vers, d'abord en claquant des dents, puis me disant qu'il ne fait pas si froid, jusqu'à m'endormir pelotonné sur le sable. Au point du jour, il pleut un peu, la pluie me réveille dans le bruit délicieux des vagues, et enfin, quand je me lève pour partir, que je secoue mes guêtres, il me devient facile de reconstituer tout un Rondel de Tristan Corbière sur lequel je m'étais escrimé une partie de la nuit : "Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles ! / Il n’est plus de nuits, il n’est plus de jours ; / Dors… en attendant venir toutes celles / Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !..."

Poétrie +

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