dimanche 21 avril 2019

Dans le Château Noir | Claude Ollier


Le Château Noir est accroupi sur ce roc d’enfer, suspendu comme une menace au-dessus de cet abîme. Le Château Noir existe. Il a une place sur la terre et sur la carte, il est plus terrible à voir que les horribles châteaux dessinés par l’imagination extravagante et maladive des poètes !

Le voyageur descend lentement, se trouve devant un nouveau corridor obscur, un vrai tunnel où règne une odeur âcre, l’odeur de la vieille terre qu’on vient de remuer. Il avance avec difficulté. À la fin, pourtant, il arrive devant une porte qui, bien qu’elle semble fermée à clef, cède un peu quand il appuie la main.

Une lumière brille de l’autre côté de la porte… Quel spectacle ! Un homme est là au centre de la pièce, assis à un petit bureau, et il écrit. Il tourne le dos. On ne voit que son dos, monstrueux, courbé. Que fait-il là, solitaire ? Qu’écrit-il ? À qui écrit-il ?

Ah, voir sa figure ! Le surprendre ! Le voyageur avance d’un pas…

Claude Ollier, "Pulsion", dans L'Arc, spécial Jacques Derrida (N° 54, 3e trimestre 1973) repris dans Nébules, Flammarion, 1981

[Ce texte est un montage. Claude Ollier emprunte le premier des 3 fragments à Jules Verne (Le Château des Carpathes, 1892), le second à Bram Stoker (Dracula, 1897) et le troisième à Gaston Leroux (Le Mystère de la chambre jaune, 1907).]

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