Selon l'ancienne tradition

Pour apprendre à lire et à écrire à un enfant, il importe de renoncer d’abord à l’exercice de base de la tradition dix-neuvièmiste, qui consiste à lui faire lire à haute voix des textes qu'il découvre. Et à attendre de lui, en plus de cela, qu'il le fasse avec aisance et fluidité.

Cet exercice ne fonctionne pas. Il permet au mieux le contrôle de la capacité de lecture, pas l'apprentissage. Si des générations d’élèves ont appris avec lui, nous devons nous convaincre que ce n’est pas grâce à lui mais malgré lui, ce qui explique que, dans le même temps, beaucoup aussi ont échoué.

À la place, il convient d’en revenir à l’exercice qui consiste à observer comment s’écrit, puis à écrire soi-même, de mémoire, des textes déjà lus et compris.

Cette seconde démarche est de beaucoup la plus ancienne et la plus universelle. Elle présente l’avantage d’être aussi la plus naturelle, la plus conforme à l’ordre des choses, puisque l’écriture vient après la parole et non pas avant.

Elle ne suppose pas l’existence de règles de correspondances grapho-phonologiques grâce auxquelles on pourrait inférer les formes orales des formes écrites de manière à la fois automatique et assurée. Des règles qui permettraient de lire même des mots inconnus, de lire sans comprendre. Car cela, en français au moins, est impossible.

Lire, en français, consiste à reconnaître sous leurs formes écrites des mots déjà connus. Et vouloir faire comme s'il pouvait en aller autrement est une offense pour l'esprit.

La (vraie) manière traditionnelle amène enfin à ne pas séparer l’apprentissage de la lecture-écriture de celui la langue, comme à ne pas séparer l’apprentissage de la langue de celui des textes.

La méthode dix-neuvièmiste ressortit à une logique industrielle. L’enfant que l’on fait lire est alors tenu de dire en fonction de ce qu’il voit. Il est privé de sa mémoire, de son intelligence. Il est censé se transformer en une sorte d’usine de transformation, de l'écriture en parole, dont on s’attend à ce qu’elle fonctionne de manière automatique.

À la différence de cela, l’enfant qui lit-écrit selon l’ancienne tradition apprend le métier de clerc. Il approfondit sa connaissance des textes, et il se met en position de pouvoir la transmettre à son tour. Très vite, il jouera le rôle du grand frère pour de plus jeunes que lui. Ou de plus vieux, moins aguerris.

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