Un chef barbare | Marie Depussé

Claude est souvent dans le petit bois, entre le pavillon du parc et la cuisine. Il convient de ne pas l’oublier. Figé là, le corps entier, l’expression rivés à la douleur. Claude est toujours en colère contre la douleur. Pas la douleur ordinaire. Je l’ai connu jeune. Il s’asseyait sur la plaque brûlante de la cuisinière et ne disait rien ; on le décollait comme on pouvait. Donc, pas cette douleur-là. Il n’a plus de dents, c’est la première chose qu’un psychotique abandonne, ses dents. Reste la flamme sombre de son regard, entre la double sauvagerie de sa barbe et de ses cheveux.
Un chef barbare, rêvant, au moment de l’assaut.

Dieu gît dans les détailsLa Borde, un asile. Marie Depussé, août 1993. Éd. P.O.L. Empl. 142.

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