dimanche 8 septembre 2019

Comment coder le mot "fille" ?

Myriam L., sur le forum, me demande comment coder le mot FILLE. Je vais essayer de répondre à cette question de façon à peu près complète.
  1. Le prof, pour se repérer, peut se servir du Wiktionnaire. Celui-ci a le mérite de proposer des transcriptions phonétiques des mots (API).
  2. Si l’on consulte dans le Wiktionnaire l’article FILLE, on voit que la forme phonétique de ce mot est CVs (consonne, voyelle, semi-consonne), à la différence de VILLE dont la forme est CVC.
  3. Il apparait donc que a lettre I code ici la voyelle /i/ en même temps qu’elle forme une partie du phonogramme semi-consonnantique ILL. Ce qui signifie qu’il est impossible de donner un codage coloré du mot FILLE qui soit satisfaisant.
Nous voyons ainsi que le codage Syllabons ne permet pas de décrire de manière satisfaisante tous les mots. La difficulté se rencontre dans les cas suivants:
  1. Certains mots qui contiennent la lettres Y et dont le découpage syllabique passe à l’intérieur du Y. Par exemple, VOYAGE qu’il faudrait coder en remplaçant le Y par 2 I, ce qui donnerait VOI.IAGE.
  2. Certains mots qui contiennent la lettres X et dont le découpage syllabique passe à l’intérieur du X. Par exemple, EXERCICE qu’il faudrait coder en remplaçant le X par un G suivi d’un Z, ce qui donnerait EG.ZER.CICE
  3. Certains mots contenant les lettres ILL, comme FILLE et comme PAPILLON. [Je note bien "les lettres ILL", et non pas le graphème ou le phonogramme ILL, pour la raison que ces 3 lettres ne forment pas toujours un graphème. Voir, par ex. comment elles apparaissent dans VILLE.] 
Le codage Syllabons n'a qu'une valeur heuristique. Mais celle-ci me paraît précieuse pour travailler avec les débutants.

Il permet en effet de rencontrer d’entrée de jeu 2 principes complémentaires de l’orthographe française, à savoir que
  1. La relation entre l’ensemble des lettres et l’ensemble des sons d’un même mot n’est pas toujours (n'est que rarement) bi-univoque (terme à terme).
  2. Les phonogrammes d’un mot peuvent se distinguer (par surlignage) à l‘intérieur du mot sans pour autant pouvoir s’en extraire. Je peux remarquer (surligner) que dans VENT, EN forme un seul phonogramme. Mais je ne peux pas généraliser cette observation en posant comme une règle que "E et N, ça fait AN", comme on a l'habitude de dire (voir, en effet, (ils) CHANTENT, ou (un) EXAMEN).
Syllabons permet de faire reposer l’apprentissage de la lecture-écriture avec des tout débutants sur des activités de description ("Ici, dans ce mot, nous voyons que cela se passe comme cela, et nous nous en souviendrons"), et non pas sur de pseudo règles que l’élève doit désapprendre au fur et à mesure qu’il les apprend.

Enfin et surtout, il nous fait admettre ce point capital, que la lecture en français consiste à reconnaître des mots déjà connus à l'oral, et non pas à prédire, à partir de l'écrit, la forme orale de mots que l'on ne connaitrait pas, ou que l'on ne comprendrait pas (ce qui revient au même).

Ce qui revient encore à dire que la lecture-écriture est une compétence linguistique, et non pas un exercice cérébral détaché des particularités de la langue dans laquelle on apprend.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Des M@P à L'Ariane

C’était un mardi soir d’octobre (le 15) à la bibliothèque municipale de L’Ariane. Comme nous en étions convenus, Safoua nous a rejoints ave...