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De lalangue (en un mot)

Lalangue est, en toute langue, le registre qui la voue à l’équivoque. Nous savons comment y parvenir: en désertifiant, en confondant systématiquement son et sens, mention et usage, écriture et représenté, en empêchant de ce fait qu’une strate puisse servir d’appui pour démêler une autre. Mais, qu’on y prenne garde, ce registre n’est rien d’autre que ce qui distingue absolument une langue de toute autre: la particularité de celle-ci ne tenant qu’aux séries où son unicité se décompose. Un mode singulier de faire équivoque, voilà donc ce qu’est une langue entre autres. Par là, elle devient collection de lieux, tous singuliers et tous hétérogènes : de quelque côté qu’on la considère, elle est autre à elle-même, incessamment hétérotopique. Par là, elle se fait tout aussi bien substance, matière possible pour les fantasmes, ensemble inconsistant de lieux pour le désir: la langue est alors ce qu’en pratique l’inconscient, se prêtant à tous les jeux imaginables pour que la vérité, dans la mouvance des mots, parle.

Jean-Claude Milner. L’amour de la langue. Coll du Champ freudien dirigée par Jacques Lacan, Éd. du Seuil, Paris, 1978, p. 22.

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