Nous lisons toujours après d'autres

Le but de l’approche moderne, héritée du 19e siècle industriel, est de permettre à l’élève de lire des textes nouveaux sans l’aide de personne.

Le but de la méthode traditionnelle, ravivée aujourd’hui par les Moulins à paroles (M@P), est le même. À ceci près qu’on définit une étape intermédiaire. Avant de lire seul, l’élève doit pouvoir lire avec les autres. Avant de devenir un lecteur autonome, il a le droit de ne l’être pas.

Aussitôt définie l’étape intermédiaire, la méthode devient simple. Elle consiste, pour l’élève, à repérer (identifier) des mots dans un texte qu’un autre lui lit, puis, à l’intérieur de ces mots, à repérer (identifier) des lettres.

Les M@P sont conçus pour aider à cela.

L’efficacité de la méthode traditionnelle est remarquable. Raison pour laquelle, sans doute, elle s’est imposée, depuis l’Antiquité, dans toutes les civilisations du monde qui utilisent l’écriture. Et, en plus d’être efficace, elle est amusante. N’est-il pas évidemment plus amusant, pour un enfant de cinq ou six ans, d’apprendre en dialogue plutôt que de s’escrimer par ses propres moyens ?

Du coup, il apparaît que ce n’est pas à la méthode traditionnelle, telle qu’elle est aujourd’hui portée par les M@P, de devoir se justifier, mais plutôt à la méthode moderne.

Pourquoi vouloir à tout prix qu’un élève de cinq ou six ans s’escrime à lire des textes qu’il ne connaît pas ? Quel intérêt ou quelle nécessité voyons-nous à cela ?

Il y a là un mystère profond qui tient sans doute à l’idée que, depuis le 19e siècle, nous nous faisons de l’écriture, dans laquelle nous voudrions voir un code machinique, ce qu’elle n’est pas. On voudrait que l’élève acquière des automatismes. Or, même pour le lecteur le plus habile, le plus rapide, la lecture, en français au moins, n’est jamais automatique. Elle ne peut pas s’opérer sans comprendre. Elle est forcément intelligente.

Nous lisons toujours après d'autres. Il paraît donc naturel que, dans un un premier temps au moins, un autre lise à l’élève ce que celui-ci devra relire après lui. Lire consiste à reconnaître des mots dans leurs formes écrites, non pas à les en déduire de manière à la fois certaine et stupide.

+ Textualité de la langue

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