Textualité de la langue

On n’apprend pas à lire à un enfant sans se confronter à la question de savoir ce qu’est l’écriture et quelle place elle occupe. Depuis le 19e siècle, on a pris l’habitude de la considérer comme un code extérieur à la langue, tandis qu’elle était regardée jusque là comme une dimension de celle-ci. La difficulté que l’école rencontre aujourd’hui à enseigner la lecture s'explique par le refus d’admettre cet aspect non pas instrumental mais dimensionnel de la langue, que l'on peut définir par six propositions:
  1. Si les langues étaient naturellement produites par le cerveau humain, nous parlerions tous la même sans besoin de l’apprendre. Mais ce n’est pas le cas. On apprend une langue en réutilisant les réalisations que les autres nous en livrent et qui, parlées ou écrites, se proposent à nous comme des textes.
  2. Le signe linguistique est tri-dimensionnel, puisqu’il comprend un sens (signifié), une forme orale et une forme écrite.
  3. Les langues naturelles ne sont pas des structures fermées, ni cohérentes. Elles empruntent des mots et elles en perdent à tout moment. À la question de savoir si telle forme linguistique, lexicale ou syntaxique, est "bien du français", c'est-à-dire appartient bien à la langue, il n'est finalement possible de répondre qu'en observant son occurence dans les textes. 
  4. S'il est possible de dégager de l'étude des textes certaines règles de correspondances grapho-phonologiques et de grammaire, celles-ci ne sont jamais si absolues qu'elles suffisent ni à lire ni à produire des énoncés grammaticalement corrects.
  5. On n'apprend pas à lire sans apprendre la langue. Et on n'apprend pas une langue sans s'appuyer sur les textes, dans la mesure (i) où ceux-ci attestent l'appartenance des formes à la langue, et (ii) où l'écrit nous permet d’acquérir une conscience plus fine de la forme orale des mots ainsi que de la manière dont ceux-ci s’organisent dans la phrase. 
  6. L’enfant apprend à lire non pas en tâchant de deviner comment se disent les mots qu’il voit écrits (lecture de découverte), ni en se demandant comment pourraient s’écrire ceux qu’il dit (production d'écrits), mais en repérant certains mots dans un texte qu'on lui lit, et en les observant d'aussi près que possible (combien de lettres pour combien de sons ?) pour enfin les écrire à son tour, de mémoire, sans erreur.

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