Une "idée de la langue" qui domine le FLE

Deux objections formulées ce matin par des professeures de français à l’étranger, venues du Kazakhstan et d’Azerbaïdjan, à propos des Moulins à paroles (M@P)
  1. "Tout cela est bien joli mais ce que veulent nos étudiants, c’est pouvoir dire, à la fin du cours Je m’appelle NNN… , etc."
  2. "Tout cela est bien joli, mais si je fais travailler mes étudiants sur une comptine aussi simple que Une poule sur un mur, il me demanderont d’expliquer la forme 'lève la queue et puis s’en va', et le 's’en va' me posera problème."
Ces deux objections illustrent une "idée de la langue" qui me paraît fautive, encore qu'elle domine l'enseignement du FLE tel qu'il se pratique aujourd'hui de par le monde.

Concernant la première, je répondrais ceci : Quand un étudiant déclare, à propos d’une langue qu’il apprend : "Ma demande est de pouvoir dire Je m’appelle Untel", ce que nous avons à entendre c’est, non pas "Je suis avide d’apprendre cette langue" mais au contraire "Je ne veux rien en savoir". Car il exige en cela de pouvoir s’exprimer dans cette langue comme il le ferait dans une autre. Et, dans ce cas, pourquoi ne pas le faire en anglais ?

La seconde objection témoigne, me semble-t-il, de ce que l’étudiant voudrait que la langue soit un code rationnel, traduisant nos pensées d'une façon la plus économique, tellement économique que le professeur devrait être capable de la justifier en tout point ("Répondez, c'est pour cela qu’on vous paie!"). Or, précisément, la langue n’est pas un code, dans la mesure où (i) n’avons pas de pensées non dites qu’elle aurait pour fonction de traduire avec des mots, et (ii) elle n’est pas rationnelle, dans la mesure où elle n’est pas produite par le (par un) cerveau humain, ce qui aurait pour conséquence, si c’était le cas, que nous parlerions tous la même, mais qu’elle résulte d’une tradition hautement collective portée par des textes. Ce qui me fait dire qu’apprendre une langue, c’est apprendre des textes.

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