Cognitio Dei Experimentalis

L’idée qu’une créature puisse être sans témoin paraît inconcevable – non pas seulement un être humain, ou un être vivant, mais aussi bien une flaque de pluie dont le vent ride la surface, ou une pièce de métal abandonnée au bord d’une route de montagne, en plein midi.

Telle créature singulière, dont le hasard fait que je sois le témoin, provoque en moi l’intuition vertigineuse des innombrables autres que j’ignore. Le monde m’apparait ainsi comme une multitude non-totalisable, la conscience d’aucun homme ne pouvant la contenir.

Soudain, grâce à celle dont je suis le témoin, je pressens la multitude des autres créatures que je n’ai jamais rencontrées, que je ne rencontrerai jamais ou auxquelles je serai incapable, les voyant, de prêter attention. Je conçois leurs existences mais leurs formes restent vagues comme celles de fantômes.

Chacune des créatures que je pressens, du moment qu’elle existe, revêt nécessairement une forme singulière dont la précision du détail des lignes sculpte l’écriture du nom imprononçable par tout autre que Lui.

Pour Dieu seul, il n’est de créature qui ne soit singulière, et pour chaque créature il existe un nom imprononçable par tout autre que Lui, dont l’écriture se lit, en silence, dans l’absolue précision du détail des lignes.

Chaque créature appelle la compassion de Dieu à chaque instant (Ps. 145, 9), afin que les lignes de sa forme ne s’estompent ni ne s’emmêlent dans l’oubli, mais qu’elles demeurent une écriture : celle de son nom imprononçable, par quoi se marque son être propre et qui le fonde.

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