Arrière-saison

Je passais mes soirées au pub puis,
pour regagner la petite maison que j'habitais,
je passais par la plage. Celle-ci alors
était vide. Il m'arrivait
de m'arrêter pour regarder la mer,
et il m'est arrivé de dormir sur le sable.
Au matin, j'étais réveillé par la pluie.
Dans mon sommeil, j'avais essayé en vain
de reconstituer un rondel de Tristan Corbière.
À présent celui-ci me revenait aux lèvres sans
que j'hésite. Je le disais debout, serrant mon
caban et grelottant de froid : Va vite, léger
peigneur de comètes ! Les herbes au vent
seront tes cheveux

Commentaires

  1. Une scène que j'aurais parait-il vécu en Irlande, à la virgule près. Si mes souvenirs étaient assurés...
    Je n'aurais certainement pas pu le restituer ainsi, mais je crois pourtant m'y reconnaitre. En espérant que ce n'était pas qu'un fantôme, mirage d'un passé déjà lointain.
    Mais qu'importe au fond, la lettre ne précède-t-elle pas le cristal ?
    Merci

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    1. J’ai le sentiment de collecter des situations ou de simples images archétypales qui me sont données parce que je les rencontre dans la vie ou parce que je les rencontre dans les rêves. Celle-ci ne correspond à rien de ce que j’ai vécu, elle se situe dans un lieu, la Bretagne, où je ne suis jamais allé, et se rattache, en même temps qu’à l’idée de Tristan Corbière, à celle de Georges Perros que j’ai peu lu, mais dont le souvenir m’habite. Il me semble probable que le locuteur de ce fragment narratif ait à l’esprit l’exemple de Paul Gauguin à Pont-Aven. Ce dernier apparaissait déjà dans mon poème du 27 décembre dernier. Je me demande même s’il n’est pas venu en Bretagne pour marcher sur ses traces. Sait-on jamais !

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  2. Tout d'abord, merci et bravo car si l'un des objectifs de tout ce travail des M@P est de donner envie de découvrir ou redécouvrir la poésie, la littérature et plus généralement la langue française... j'ai à présent envie de me replonger dans les textes de Tristan Corbière, lointain et doux souvenir.
    Ensuite au delà du fait que j'apprécie de plus en plus ta plume au fur et à mesure que je la découvre, il y a dans ce texte une analyse qui me paraît importante à mettre en lumière. Ce va et vient de l'esprit qui a une vie propre et qu'on ne maîtrise jamais qu'en partie. Ces moments de repos qu'il prend, nous laissant croire que nous avons tout oublié. Ces fulgurances où tout revient à nous à la virgule près, la sensation de la première lecture encore vive dans la poitrine, l'odeur du papier sur lequel on a lu ces mots qui emplit nos narines comme une réalité présente.
    L'apprenant se décourage souvent dans les moments "d'oubli", de "blocage"... mais notre cerveau a ses fonctionnements que la raison ignore. Il est essentiel dans un dispositif comme les M@P, me semble-t-il, de dire et de redire que nous devons faire confiance à notre esprit, à notre mémoire, avec bienveillance et patience. Lui laisser le temps d'intégrer, de se recroqueviller, pour mieux jaillir quand le moment sera venu. L'esprit est un être vivant qui sait ce qu'il fait. Chacune de peur de ne pas réussir à mémoriser, à comprendre, bloque l'élan de vie de notre esprit et nous nous mettons nous même en échec.
    "À présent il me revenait aux lèvres sans que
    j'hésite."

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    1. Oui, la mémoire est la mal-aimée de l'enseignement scolastique (l'adjectif est celui qu'affectionnait Célestin Freinet). Elle a pourtant partie liée avec le sommeil, avec l'inconscient et avec la mort. Ou peut-être est-ce à cause de cela ? La plupart d'entre nous tiennent tellement à l'ego qui les enferme !

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