Le savoir a du goût

L’éducation tout au long de la vie est l’objectif sur lequel tout le monde aujourd’hui s’accorde. Celui qui paraît à la fois le plus raisonnable et le plus ambitieux. Celui qui correspond le mieux aux besoins de nos sociétés contemporaines. Mais l'idée en est défendue en même temps que l'approche par compétences, dont la règle s'impose dans tous les domaines de l'éducation. Et l'on peut se demander si ces deux exigences entrent bien en cohérence.

Si l'objectif est celui d'éduquer tout au long de la vie, est-il certain qu'il faille se soucier d'abord des compétences acquises ? Évaluer celles-ci paraît utile, sans doute, comme procédure de contrôle. Si l'élève n'apprend pas, il paraît évident que d'autres démarches d'apprentissage doivent être envisagées, qui s'appuieront plus étroitement sur ce qu'il sait déjà et sur ce qu’il aime

Mais allons plus loin. Si nous voulons qu'un élève continue d'apprendre, il paraît évident que la question centrale n'est plus de savoir s'il acquiert assez vite telle ou telle compétence, mais plutôt de savoir si les démarches qu'on lui propose développent son goût d'apprendre.

Ainsi, si un enfant aime lire, il n'est pas douteux qu'il continuera de lire et qu'il apprendra de cette manière, seul ou avec d'autres, tout ce que la lecture permet d'apprendre, c'est-à-dire à peu près tout. Tandis que si les adultes ne lui ont pas communiqué ce goût, il aura beau avoir appris un jour les règles de l'accord du participe passé, il les oubliera vite et restera un illettré.

L’approche par compétences incite trop de professeurs à enseigner des compétences séparées. Or, ceci est fâcheux dans la mesure où un élève n’acquiert pas le goût de lire en apprenant des règles de grammaire mais d'abord en lisant de beaux textes et en partageant les remarques que ceux-ci lui inspirent à l’intérieur d’un groupe.

Il faut du contenu, de la matière, pour que le goût (ou le désir) s’y accroche. Et qu’un sujet s’en nourrisse.

Un enfant n’acquiert pas une compétence ni une série de compétences définies en lisant Le Petit Chaperon rouge ou telle fable de Jean de La Fontaine. Mais il fait plus et mieux. Il entre dans le grand partage d’une culture qui l’accompagnera tout au long de sa vie. Dans laquelle l’important est de savoir s’il se sent bien chez lui. Si, avec toutes les valeurs que celle-ci transporte, il l’aime et il l’assume.

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