Avec de la ficelle et du papier

Nous avons besoin de lieux habitables. Il en existe de toutes sortes, plus ou moins difficiles à construire et à aménager. Beaucoup d’entre nous ne trouvent pas de lieux (d’abris, d’asiles) où se réfugier. On voit cela à l’intérieur des villes. Un plus grand nombre encore se sentent enfermés dans des lieux où ils pensaient avoir trouvé refuge mais dont il s’est avéré ensuite qu’ils n’étaient pas réellement habitables. De prétendus "chez soi" dans lesquels ils se sentent emprisonnés et malheureux. Le confinement auquel nous contraint l'épidémie du Covid-19 exacerbe ce sentiment, avec les conséquences que nous connaissons de dépression et de violences familiales. 

Quand on se sent enfermé, on a envie de s’enfuir, d’aller voir ailleurs. Nous avons vécu des décennies durant lesquelles l’idée de s’échapper a constitué le principal espoir, et la principale ambition. Le travail avait un sens, il permettait d’économiser assez pour financer des vacances, un voyage, un départ. Aujourd’hui notre avenir professionnel est incertain, et les voyages sont interdits. Que nous reste-il? Quelles perspectives s’offrent encore à nous, dans lesquelles nous engager pour construire nos existences et celles de nos enfants?

Si nous nous appuyons sur cette idée de lieu, nous voyons que deux possibilités se dessinent, à la fois distinctes et complémentaires. La première est celle de la communication. Un lieu n’est pas le même selon que ceux qui l’habitent peuvent ou ne peuvent pas communiquer avec l’extérieur. Dans la crise que nous vivons, les moyens de communication numériques ont tenu le coup, ils ont continué de fonctionner, et mieux que cela, ils nous sont apparus comme les anges gardiens de nos rapports les plus personnels, de nos liens familiaux, en même temps que comme des outils d’apprentissage et de travail indispensables.

La deuxième possibilité consiste à aménager des lieux restreints, matériels ou immatériels, à l’intérieur de nos habitations. Des lieux plus confortables, qui correspondront mieux à nos goûts et à nos besoins dans la mesure où ils seront les produits de nos mains et de notre imagination. 

Cette nuit, j’ai appris le décès de Christophe que j'aimais beaucoup. Du coup, je n'ai pas pu me rendormir et je suis allé sur Youtube pour réécouter-voir plusieurs de ses chansons. L’une, au petit matin, m’est apparu comme la métaphore emblématique d'une cabane. Le chanteur l'a construite très tôt, avec les maigres moyens dont il disposait, paroles et musique, puis il l'a transportée avec lui au fil des décennies, en la transformant toujours, sans y renoncer jamais.

  + Christophe chante les Marionnettes seul, en s’accompagnant de son piano, dans la cour de la Villa Medicis à Rome. Ce qui s’appelle aller au bout de son désir

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