Barthes | La baladeuse

"Autrefois un tramway blanc faisait le service de Bayonne à Biarritz ; l'été on y attelait un wagon tout ouvert, sans coupé : la baladeuse. Grande joie, tout le monde voulait y monter : le long d'un paysage peu chargé, on jouissait à la fois du panorama, du mouvement, de l'air. Aujourd'hui, ni la baladeuse ni le tramway ne sont plus, et le voyage de Biarritz est une corvée" (Barthes par Roland Barthes, éd. du Seuil coll. "Écrivains de toujours", 1975, p. 54). 

Texte simple et transparent qui me ravit, encore qu’il contienne un mot que je découvre, et qui paraît flotter quelque peu dans la phrase comme l’objet même qu’il désigne. C’est baladeuse dont j’ignorais, avant de le rencontrer ici puis d’aller vérifier sur la toile, qu’il désigne, outre la lampe portative habituellement alimentée par le secteur que tout le monde connait, la voiture ouverte prise en remorque par la motrice d’un tramway ("Ils prirent donc le tram de Sérianne, dans la baladeuse où il y avait encore deux places debout, parce que c'était bondé de gens qui allaient à la fête" Aragon, Les Beaux quartiers, 1936, p. 160). 

L’occasion de dire combien j’ai aimé ce petit livre de R. Barthes, qui est illustré de nombreuses photos. Sauf erreur de ma part, Denis Roche était alors directeur de la collection, et on imagine avec plaisir les deux hommes debout devant une table, occupés à les choisir, non sans échanger de subtiles remarques et beaucoup fumer. Le charme d'une époque.

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