Une nouvelle frontière pour l'école: Enseigner au juste niveau

L'enseignement à distance nous oblige à revoir nos objectifs. À rompre avec l'enseignement programmé pour tous, qui ne permet pas à l'école de réduire les inégalités, mais qui la conduit au contraire à les creuser, pour appliquer un principe tout différent, celui de l'enseignement au juste niveau. 

L'enseignement au juste niveau est la nouvelle frontière pour l'école, celle que nous devrons atteindre pour répondre aux dures circonstances actuelles, liées à l’épidémie du Covid-19.

Des élèves du même âge, quel que soit leur âge, ont tous des aptitudes différentes. Reconnaître et accepter ces différences est la condition de base de tout enseignement honnête et efficace. La nouvelle déontologie du professeur veut qu'il ne se préoccupe pas de l'âge de l'élève, pour lui enseigner ceci ou cela en fonction de cet âge, mais qu'il prenne en compte ce que sont ses aptitudes personnelles, ici et maintenant, et qu'il adapte son enseignement à celles-ci. 

Si je demande à un élève un travail trop difficile pour lui, il n'apprend rien. Je le mets en situation d'échec. Il réussit mal ce que je lui demande de faire, avec cette triple conséquence que (i) il manque l'occasion d'apprendre quelque chose, (ii) il se résigne (et s’habitue) à faire mal ce qu'il fait, et (iii) il se dégoute durablement de ce que je prétends lui enseigner.

Si je demande à un élève un travail trop facile pour lui, il n'apprend rien non plus. Et pire que cela, il risque de faire mal ce qui paraissait facile, dans la mesure où l'activité proposée ne lui permet pas de soutenir son attention.

Le bon enseignement est celui qui propose à l'élève des activités assez difficiles pour soutenir son attention et le faire progresser, en même temps qu’assez faciles pour qu'il les réalise de manière satisfaisante et qu'il y prenne goût.

Pour qu'un enseignement soit efficace, il est nécessaire en outre qu'il se prolonge dans la famille. L'enfant qui apprend doit avoir le sentiment d'apprendre, non pas ce que son professeur est seul à savoir, mais ce que savent la plupart des adultes.

Un bon enseignement est celui qui permet à l’enfant d’entrer à son tour dans un partage des savoirs le plus large possible. 

L’enseignement à distance implique les familles. Il leur assigne un rôle d’accompagnement. Un enfant peut apprendre avec un grand-père ou une jeune voisine aussi bien qu’avec un professeur hautement diplômé. Il suffit pour cela que l’activité soit choisie en fonction de son niveau réel, et que certains outils soient mis à la disposition des protagonistes.

L’école ne se passera plus des familles comme elle semblait vouloir le faire. Si beaucoup de familles ne sont pas en mesure d’aider leurs enfants, le moment est venu de leur donner les moyens humains et techniques de le faire. Cela coûtera moins cher que de ne pas en tenir compte.

Commentaires

Dvorah a dit…
Mes impressions d'enseignante confinée pratiquant le télé-enseignement sont très différentes : habituée à la pédagogie différenciée, j'ai de la peine à l'adapter à mes élèves disséminés sans en avoir la maîtrise directe. D'autre part, les retours des parents sont passionnants : beaucoup découvrent que l'apprentissage scolaire est un vrai métier, et ont redécouvert notre fonction première, nous en remerciant ; beaucoup peinent dans cette fonction d'enseignement, parfois sans plaisir ni quiétude; et ceux que nous arrivions à faire avec les enfants, ceux-ci ne veulent pas le faire avec leurs parent... J'ai envie de retourner ton affirmation : les familles ne se passeront plus des enseignants ...
Nos positions ne me paraissent pas si différentes, en tout cas, pas opposées. Dire que les parents jouent et joueront un rôle indispensable, ce n’est pas dire que le rôle des professeur doive être minoré. Bien au contraire. Je pense que les professeurs ont et auront un rôle plus important quand ils ne seront plus prisonniers de programmes nationaux, et qu’il leur reviendra d’évaluer ce que chaque élève peut et doit apprendre. Aujourd’hui les professeurs, aussi diplômés et mieux formés soient-ils, sont chargés de mettre en œuvre ce qui est conçu et décidé ailleurs. Ils sont sous-employés. Je pense quant à moi qu’ils doivent être regardés comme des décideurs, non pas bien sûr à titre individuel mais à l’intérieur des équipes formées dans leurs établissements, ainsi sans doute que dans des mouvements pédagogiques auxquels ils décident d’adhérer.
Unknown a dit…
Je partage votre point de vue Christian. J'ose espérer que nos responsables sauront tirer des leçons de ce qui se passe actuellement et que les établissements gagneront plus d'autonomie . Il serait temps que le système éducatif soit pensé et organisé à partir de l'établissement et non plus dépendant d'une conception centralisée et descendante de l'Education Nationale. L'Etat resterait le garant d'un cadre commun (programme et organisation générale du système éducatif) et l'établissement déterminerait son projet propre et les modalités de mise en oeuvre.
Puissions-nous réfléchir aux nouveaux enjeux pédagogiques de demain à l'issu de cette crise...

Un grand merci pour la démonstration de ce matin. Belle journée ! Sophie
Un jeune collègue à vous me fait lire l’Éloge du risque, d’Anne Dufourmantelle. La différence, la diversité, le local, le singulier, l’expérimental, l’innovant, le traditionnel, le collectif, la coopération présentent tous des risques. L’amour et la vie aussi.

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