Murmur (1) - À l'hôtel

Nous sommes en Inde. Le rêve évoque une grande ville, située au bord de la mer, au sud du continent, et il évoque une île, située à quelques centaines de kilomètres de là, plus à l’est. Dans les échanges que nous avons eus à propos du projet, nous avons pris l’habitude de leur donner des noms. Elles en changeaient sans cesse. Puis, avec le temps, la ville a fini par s’appeler Murmur, et l’île, par s’appeler Silent. Peut-être changeront-elles encore de noms. Peut-être parviendrons-nous à les situer sur la carte, dans la réalité géographique des choses, mais cela n’est pas certain. Nous parlerons donc de Murmur et Silent.

Nous sommes à Murmur, un matin. Un homme est couché dans une chambre d’hôtel. Il fait grand jour et la rue est déjà terriblement bruyante. La chambre est vaste, meublée de bois sombre, avec un grand ventilateur qui tourne au plafond. Une fenêtre est restée ouverte, ce qui tend à nous faire penser que l’homme était trop ivre, la nuit dernière, pour la refermer après qu’il est sorti sur le balcon pour boire un dernier whisky. Si bien que le bruit et la chaleur envahissent la chambre. Puis le téléphone sonne, pas un portable, celui de la chambre, un gros combiné noir posé sur la table de chevet. L’homme se réveille, allonge un bras et décroche. Il identifie la personne qui lui parle et aussitôt il s’assied. On voit alors qu’il n’est pas jeune, une soixantaine bien sonnée, de type anglo-saxon. Il cligne des yeux à cause de la lumière. Sa bouche est pâteuse. Il dit : “Bonjour Maïa. Tu avais donc le numéro de ma chambre ?
-- Bonjour Andrew. Je n’ai pas le numéro de ton portable, je veux dire le nouveau, depuis que tu en as changé. Mais tu es devenu célèbre. Les dates de ton séminaire sont publiées dans les journaux. D’ailleurs elles ne changent guère, une année après l’autre. Avec cela, j’ai des raisons de savoir quel est ton hôtel favori. Mais peut-être n’es-tu pas seul ?
-- Je suis seul, Maïa. Et toi, où es-tu ? À Silent ?
-- Oui, toujours sur l’île. Et toujours avec Tom. Et Tom est malade.
-- Plus que d’habitude ?
-- Oui, plus que d’habitude. Une complication respiratoire. Il a un besoin urgent d’un médicament, et ce médicament est terriblement cher.
-- Et tu veux que je paye. Quel est ton prix, dis-moi ? Je veux dire quel est le prix de ce médicament ? 
-- Deux mille dollars. Mais je ne veux rien, Andrew ne le prends pas sur ce ton, nous n’avons pas le temps de nous disputer. Il se trouve seulement que je n’ai pas deux mille dollars.
-- Je comprends. Excuse-moi. Je paierai.
-- Il ne suffira pas, cette fois, que tu paies. J’ai commandé la préparation à un médecin qui se trouve à Murmur. Il m’a dit qu’elle serait prête, sans faute, à deux heures cet après-midi. À trois heures et quart un avion s’envole de l’aéroport de Murmur pour atterrir sur l’île une heure quinze ou une heure trente plus tard. Cela dépendra des vents. Je voudrais que ailles chercher cette foutue potion chez le médecin, puis que tu montes dans un taxi et que tu l'apporte à l’avion. Le pilote est prévenu. Il t’attendra sur la piste. 
-- Tu le connais ?
-- Oui, je le connais. C’est un ami. C’est mon ami.
-- Ok. Je comprends.
-- Non, tu ne comprends pas. Moi non plus, d’ailleurs. Je ne te raconte pas d’histoires, Andrew. Je ne sais même pas si ce médicament est réellement indispensable. Je ne sais pas non plus s’il sera efficace. Je ne te dis pas que Tom mourra s’il ne reçoit pas une première injection de ce produit avant ce soir. Je dis juste qu’il est malade et que j’ai peur. Stephen n’est pas son père, tu comprends. Je ne vais pas lui demander de payer deux mille dollars un médicament dont on me dit qu'il est nécessaire pour soigner ton fils. Et le mien. Pour une fois, sois gentil, fais en sorte que je n’aie pas besoin de te supplier, ni même de t’expliquer. Note l’adresse. Allons, s'il te plaît. Tu le fais, et c’est tout.”
Andrew attrape du papier et un crayon. Il note le nom du médecin et l’adresse de son cabinet. Il dit : “Excuse-moi encore, je me réveillais. Tu as bien fait de m'appeler. Tu as dit trois heures et quart à l’aéroport ? C’est entendu. J’y serai.”

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