Dans la maison de Norah

Les jours et les semaines sont passés, et Andrew n’a pas quitté la maison de Norah, située sur la colline de Scarlett. Et Norah n’a rien fait pour faciliter son installation. Elle n’a eu besoin de rien faire. La maison est vaste et confortable. Elle lui a désigné un bureau, équipé d’un canapé. Jusqu’à présent, Andrew n’a pas dormi dans le canapé mais, dans la journée, il utilise le bureau. Elle n’a rien changé non plus à ses habitudes. Elle s’occupe de son jardin. Elle bavarde avec quelques-uns de ses voisins, par-dessus des haies, devant des boîtes aux lettres. “Vous avez reçu des nouvelles de votre fille ?” “Vous irez passer Noël avec eux ?” Elle fait rentrer le jardin dans sa maison en y disposant partout des bouquets de fleurs qu’elle ramène par brassées. Elle veille à la cuisine. Elle descend à Murmur pour y faire des achats et pour fleurir l’église en vue de la messe du dimanche. Murmur compte une église catholique, et Norah s’est convertie au catholicisme après son mariage avec un irlandais, dont elle a eu deux enfants et qui est mort voici longtemps. Il a été le grand amour de sa vie et elle est demeurée catholique. D’un catholicisme dédié à cette unique et vieille église de Murmur dont elle veille, chaque semaine, à ce qu’elle soit ornée des plus beaux bouquets de fleurs. Le reste ne lui importe pas. Elle ne connaît plus, en fait de catholicisme, que celui célébré dans cette église-là. Les dimanches matins et à quelques autres moments de l’année. Elle se rend disponible chaque fois qu’on a besoin d’elle. Dans sa maison, il y a un piano et quelquefois elle en joue. Presque toujours la même sonate de Scarlatti, dont elle ne vient pas à bout, mais dont les premières mesures sont bouleversantes. Quelquefois, le soir, après dîner, ils parlent un peu, ou ils regardent un film à la télévision. Quand ils parlent, ils racontent à tour de rôle des moments de leurs vies. Ils disent comme les souvenirs leur viennent, comme des rêves. Puis, ils vont se coucher. Nous ne les suivrons pas dans leur chambre. Parfois, dans l’obscurité, ils écoutent quelques mesures encore de Scarlatti qu’Andrew fait jouer sur son téléphone. Puis ils dorment.

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