Son hologramme

J’ai rêvé que Fanny était jeune et belle et qu’elle m’avait quitté, une fois encore, cette fois sans doute pour ne plus revenir, mais que, pour autant, elle n’avait sans doute pas quitté la ville.

J’accompagnais des enfants dans une randonnée, nous nous trouvions tout un groupe, engagés à suivre un chemin escarpé, et une monitrice me demandait de prendre sur mon dos un enfant qui semblait malade, à bout de force. Et je grimpais ainsi, en prenant garde à ce que l’enfant ne tombe pas et en songeant à Fanny que je ne reverrais plus mais qui pouvait être là, tout près, dans la ville où je rencontrais chaque jour de si jolies jeunes femmes qui me souriaient avec gentillesse, visiblement heureuses de l’admiration dont mon regard leur témoignait, comme hier ces deux personnes dans le tramway, que j’ai longtemps observées tandis qu’elles bavardaient, debout, l’une en face de l’autre, et que le hasard m’a fait de nouveau rencontrer dans la rue, quelques instants plus tard, marchant devant moi, si bien qu’en passant près d’elles je n’ai pu m’empêcher de me retourner pour leur dire combien je les trouvais ravissantes et lumineuses (car je savais que, dans le tramway, elles m’avaient vu aussi), à quoi elles m’ont répondu en souriant un "Merci monsieur" qui montrait que je n’étais plus si jeune, comme dans mon rêve je l’imaginais encore. 

Et je pensais aussi, en m’agrippant aux racines des arbres pour ne pas perdre l’équilibre, qu’il faudrait que je dise à mon vieil ami Pascal combien j’avais pu me tromper dans les théories que je défendais depuis si longtemps et avec tant d’acharnement en matière de linguistique, qu’il fallait oublier tout cela, que tout cela m’avait échappé des mains comme Fanny était soudain sortie de ma vie, et combien maintenant j’étais las, qu’il fallait effacer tout cela du tableau noir où je l’avais écrit, et qu’il fallait m’oublier aussi.

Alors je parvenais au sommet du sentier. Il y avait là un canal qui coulait sous de grands arbres, bordant un immense pré, d’un vert presque bleu sous les feuillages des arbres et sous le ciel, où je pourrais déposer l’enfant et où nous pourrions nous reposer, et où peut-être je pourrais continuer de vivre sans Fanny, sans lui souhaiter le moindre mal mais sans risquer non plus de tomber sur elle dans les rues de la ville où mon amour la poursuivait.

Mais alors, je me suis réveillé et j’ai su que Fanny ne m’avait pas quitté mais qu’elle était morte, et j’ai pleuré.

 

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