Sur la colline de Scarlett

Il a remis à Stephen le médicament destiné au petit Tom, et Stephen est parti en avion pour l'île de Silent où Maïa l'attendait. Andrew est alors retourné à son taxi, qui restait stationné au bout de la piste, et il a dit au chauffeur que maintenant il était disposé à faire une longue promenade.  
"Où voulez-vous aller ? a demandé le chauffeur. 
-- Je voudrais que vous m'emmeniez sur la colline de Scarlett", a répondu Andrew. 
Le chauffeur a acquiescé, et une heure plus tard ils circulaient ensemble sur les avenues étroites, bordées d’eucalyptus. 
Scarlett est le quartier résidentiel de Murmur. On y trouve d’opulentes villas entourées de jardins. Le silence est seulement strié par le chant des cigales. Au détour de certaines avenues, on aperçoit la mer.  
Andrew est assis sur banquette arrière de la voiture, mais pour mieux voir, il se penche en avant et s’appuie de ses deux bras pliés sur le dossier du fauteuil resté vide. Il observe ainsi, à travers le pare-brise, le paysage qui défile.  Le lieu lui paraît si beau qu’il demande au chauffeur de toujours ralentir, et celui-ci s’exécute en souriant. Et quand la mer se montre, il lui demande de stopper.  
Il dit : "Attendez, je voudrais descendre." Il descend et il marche, et le taxi le suit. Puis il dit au chauffeur qui s’est arrêté près de lui : "Pensez-vous que je puisse aller jusqu’à Murmur en marchant ainsi, par ces avenues, et arriver avant la nuit ?" Le chauffeur lui fait observer que le soleil décline. "Et, à propos, savez-vous pourquoi le quartier porte ce nom ?
— Puisque vous me posez la question, j’imagine que c’est à cause des couchers de soleil.
— Oui, c’est cela. On dit que la mer s’embrase et que ce rougeoiement inonde aussi, un court instant, la colline de Scarlett." 
Il y a un silence. Andrew est debout près du gros taxi noir. Il finit par ajouter, le regard droit, comme s’il se parlait à lui-même : "Scarlett, Murmur, Silent... Ces noms ne sont-ils pas étonnants? Ils ne ressemblent pas à ceux de ce pays. On les croirait inventés." 
Le chauffeur a les deux mains posées sur le volant. Il laisse passer un temps, comme s’il hésitait, puis il dit : "Oui, ils sont improbables, d’un exotisme incompréhensible. Mais cela sans doute ne nous regarde pas." 
Les deux hommes se taisent puis le chauffeur ajoute : "Je vais rouler un peu et vous laisser marcher. Je dois parler à une dame, je lui ai promis de l’appeler. Et quand il fera trop noir, vous m’appellerez à votre tour et je viendrai vous chercher." 
Le taxi s’éloigne alors, et Andrew reprend sa marche dans l’avenue déserte où le soleil décline.

 

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