Un amour, un orgueil aussi

 À six heures et demie, Jean dit: "Va-t'en, Marie. Tu vois bien qu'ils m'ont préparé, ils vont me donner une chambre." C'était la voix de mon frère, celui que j'ai toujours appelé mon grand frère. La voix qui me disait : "N'oublie pas de fermer la porte, ne marche pas toute seule la nuit dans Paris, quand je te vois traverser une rue je me dis que c'est un miracle que tu sois vivante." C'était une voix avec dedans un amour que je n'entendrai plus. Un orgueil, aussi, quand il me présentait à ses amis - "Ma sœur" -, quelque chose qui me donnait envie de rire et de pleurer. Je n'allais pas discuter cette voix-là.

Marie Depussé. La nuit tombe quand elle veut. P.O.L., 2011, p. 75.

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