Des communautés d'apprentissage

Nous sommes à un moment où la transmission des savoirs de base--et plus particulièrement ceux de la langue--peut devenir l’affaire de tous.

Quel intérêt à cela? Quels avantages pouvons-nous attendre de cette appropriation collective?

Primo, les élèves apprendront mieux, de manière plus efficace et plus heureuse. Secondo, on pourra économiser sur le budget de l’école et mettre plus de moyens au service du soin, du sport, de la culture. Tertio, on donnera du pouvoir à des personnes adultes qui seront heureuses de se rendre utiles, et d’ajouter ainsi du sens à leurs vies.

Autour des Moulins à paroles (M@P) s’est constituée, au fil du temps, une communauté d’apprentissage.

Le fonctionnement communautaire est rendu possible, d’abord, par les technologies numériques. Grâce à elles nous pouvons offrir des supports gratuits, accessibles à tous et en tout lieu. Et grâce à elles encore, les élèves et les coaches de tous âges peuvent se rencontrer en ligne, où qu’ils soient sur la terre et à n’importe quel moment.

Il se trouve que nous savons un peu mieux aujourd’hui quelles sont les bonnes conditions pour apprendre. Un élève apprend mieux quand il est actif et quand son activité ressemble à un jeu. En outre, il est facile d’observer que les élèves adorent se mettre eux-mêmes, aussitôt que possible, en position de coaches. Rien de plus stimulant que de passer de la place de l’élève à celle du professeur.

Les communautés comme celles des Moulins à paroles multiplient de manière vertigineuse les lieux, les moments, les occasions d’apprendre. Grâce à elles, la règle de “l’enseignement au bon niveau” (Teaching at the Right Level - TaRL) peut enfin être appliquée. Celle-ci est préconisée par notre prix Nobel d’économie Esther Duflo, qui la reprend d’une ONG indienne, Pratham, qui travaille auprès des publics les plus défavorisés--et qui remarque que les enfants apprennent mieux quand ils sont enseignés non pas en fonction de leur âge mais en fonction de leur niveau réel de compétence. Et qu’alors, leur apprendre (enseigner) devient facile.

Nous aurons toujours besoin de vrais professeurs. Mais le rôle de ceux-ci est en train de changer. Aujourd’hui il doit consister à organiser les communautés d’apprentissage, à les guider. Pour apprendre à lire à un enfant, et même à un adulte, personne n’est mieux placé qu’une grand-mère, une sœur, la voisine d’à côté, à condition qu’on lui fournisse des outils adaptés, qu’elle soit formée, accompagnée. Et qu’on lui désigne un lieu virtuel où elle puisse parler de son expérience, des joies et des difficultés qu’elle rencontre, avec celles et ceux qui la partagent.

Pour diverses raisons, les années qui viennent verront un développement exponentiel des communautés d’apprentissage. Plutôt que nous en plaindre, aidons-les !

Moulins à paroles (M@P)

Commentaires

Depuis de nombreuses années, les critiques fusent au sujet du niveau de compétence en lecture et en écriture des écoliers, puis des étudiants français. Cependant, ne sommes-nous pas tous un peu responsables de cet apprentissage? Serait-ce une mission strictement réservée à l'Education Nationale?
Pour ma part je réponds que non bien sûr. Issue de l'Education Populaire, avec tous les apports que celle-ci a eu dans les apprentissages à tout âge et tout au long de la vie, avec le soutien qu'elle a apporté à l'Education Nationale dans sa mission d'enseignement des savoirs de base, tant par l'organisation des activités en temps péri scolaires que par des séjours de vacances toujours plus culturels, scientifiques, apprenants... je sais le poids bénéfique de ces chemins de traverse de l'apprentissage dit scolaire.
Lire, écrire, parler... ne sont pas des savoirs scolaires! Ce sont des outils sociaux, relationnels, fondamentaux, donc indispensables à chacun d'entre nous sans restriction. Ce sont des biens communs qu'il nous appartient de transmettre pour peu que nous les maîtrisions. Transmettre les outils basiques de la communication, ce n'est pas une option: c'est un devoir! Comme il est un devoir de nourrir celui qui a faim, il est de notre devoir de nourrir son esprit ou du moins, de lui donner les outils nécessaires à son expression projetée dans le monde. Sans quoi, certains humains (bien trop en vérité... et c'est pourquoi il nous faut poursuivre sans relâche notre travail...) sont privés de leur humanité, repoussés dans la marge, rendus invisibles et donc fragilisés...
Il est donc fondamental pour une société plus équitable, pacifiée, respectueuse, que des communautés, pensantes, ouvertes, en évolution constante comme la nôtre, prennent le relais de l'Education Nationale, soutiennent ces apprentissages indispensables, encouragent les élans de vie et les envies d'évolution qui se manifestent ça et là en accompagnant chaque individu sur son propre chemin, à son propre rythme, au mieux de ses capacités, dans un esprit de valorisation permanente.

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