Être aimé

Qui était dehors et qui était chez soi par les nuits de couvre-feu. Qui était dans les rues vides et qui dans son lit la fenêtre entrouverte malgré le froid pour mieux entendre. Les rues sont vides la nuit mais alors on ne peut pas ne pas se demander qui s’y promène seul. Jusqu’au fleuve. Et depuis le lit où l’on a ramené livres, carnet et une tablette numérique sur laquelle on regarde et on écoute des vidéos de danse, on guette le bruit des pas. Serait-ce la chorégraphe elle-même, après toute une journée de répétitions, où elle a fait danser les autres, où elle a regardé danser les autres, des corps jeunes et souples, capables de se plier en deux pour caresser le sol avec les coudes. Des être jeunes aimés et caressés. Mais dors maintenant. Sois sage Ô ma douleur. Et quand ils sont partis, que la journée était finie, elle n’a pas pu rentrer chez elle. Elle était beaucoup trop fatiguée pour rentrer dans son appartement et se préparer l’inévitable assiette de vermicelles qu’elle mange d’ordinaire avec une boîte de sardines. Eau longtemps bouillie avec de l’ail, du beurre au fond de l’assiette et, par-dessus les vermicelles, du poivre et un peu de parmesan râpé quand il en reste. En écoutant de la musique sur la petite enceinte posée devant son assiette. Il suffit qu’il s’en trouve une dans les rues qui marche jusqu’au fleuve, sa haute et maigre silhouette. Il faudra que tu quittes cet appartement pour un autre où tu n’as pas attendu tant de fois l’arrivée d’une ambulance, la nuit, debout derrière une fenêtre. Et tiens-toi plus tranquille. Le moment est venu. Tu peux dormir une heure ou deux.

Edmond. Version linéaire dans Petits livres
 

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