En attendant Daniel Mosca

Daniel Mosca a promis qu’il me ferait une visite dans mon nouveau quartier. Pour l’heure, il ne peut pas en être question, à cause des contraintes sanitaires, mais nous sommes tous à espérer qu’un jour l’épidémie recule, et qu’alors nous pourrons de nouveau circuler plus librement. Daniel est né à Nice aussi bien que moi, c’est là que nous nous sommes connus et que nous avons partagé la condition d’étudiants. Puis, il s’est établi à l’étranger, où il a fait du commerce, et nous sommes restés bien des années sans nous écrire. Et, quand enfin il a repris contact avec moi, je m’étais décidé à quitter l’appartement que j’avais habité avec Marguerite. Il me paraissait à la fois nécessaire et urgent que je déménage, au point que je n’ai pas pu m’empêcher de revenir plusieurs fois sur le sujet dans mes courriers électroniques. Après plusieurs semaines de recherches, de craintes et d’hésitations, et grâce à la vigilance de ma vieille amie, j’ai pu trouver à louer un studio qui me convienne, dans un quartier éloigné de mes habitudes. Je l’ai tout aussitôt annoncé à Daniel et celui-ci a été l’un des premiers à m’en féliciter.

Ariane, ma vielle amie, est désormais ma voisine. Nous habitons dans un dédale de petites rues qui forment une zone intermédiaire entre deux quartiers commerçants. Dans ces rues, aucun magasin, des maisons basses, certaines précédées de jardins, bien ou mal entretenus, et le tramway qui passe, jour et nuit, comme un fantôme. À chaque instant, nous songeons que le virus peut nous contaminer, et qu’avec le temps, à force, il finira nécessairement par le faire. Il nous tuera alors, ou nous laissera marqués de séquelles qui feront de nous d’autres personnes. Ces notes que je prends, qui sait si demain je pourrai en poursuivre la rédaction. Dans l’attente, je veux dire que je vois dans ces rues des personnes vieilles comme nous qui marchent, à petits pas, la nuit, bien après l’heure du couvre-feu, comme à la recherche d’un chien ou d’un chat égaré. Mais aussi de jeunes couples hâtifs, dont les femmes sont grandes, souples, et portent des pantalons étroits et courts, sur des chaussures de sport, sans chaussettes, ou avec des socquettes si basses qu’elles laissent voir les chevilles les plus fines. Le matin, elles conduisent leurs bébés à la crèche puis, retour de leur travail, elles font très vite les courses pour le repas du soir. Quelquefois même, à la caisse, elles ajoutent dans leurs grands sacs de papier kraft un bouteille de vin rouge pour leur Jules. Avons-nous jamais été aussi beaux et tendres que cela ? Je leur souhaite le meilleur.

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