Quoi d'autre?

J’ai réceptionné, ce matin, le convertible qui me servira de fauteuil et de lit dans mon studio de la rue des Boers. Héloïse m’accompagnait. Elle aura été la première de la famille à découvrir mon nouveau logis. Elle connaît le quartier, et plus précisément la rue Puget sur laquelle donne ma terrasse, pour y avoir habité avec sa fille. Elle m’a indiqué un boulanger chez lequel je pourrai acheter mes sandwiches du midi. Ensuite nous sommes montés jusqu’au Monoprix de Gorbella, où j’ai fait quelques emplettes avec l’idée de passer une première nuit rue des Boers dans les tout prochains jours. Enfin je suis redescendu à la rue Verdi. L’idée est de faire le tri. Comment passer d’un trois-pièces de soixante-quinze mètres carré où nous vivions à deux, à un studio de vingt-cinq mètres carré où je vivrai seul. Entendu que, dans le trois-pièces, Fanny avait conservé des foules d’objets (des jouets, de petits porte-monnaie, des carnets avec des fermoirs en faux bronze, de faux bijoux) et de documents (des lettres et surtout des photos) ayant appartenu à nos deux enfants.

Cet après-midi, Mathieu et Clément sont venus m’aider à trier nos livres. Notre bibliothèque se compose de cinq étagères, larges d’un mètre, dont chacune comprend sept planches. Le but était de réduire ces cinq étagères à deux que peut contenir mon studio, et qui seront montées sur le mur opposé au canapé. Nous y sommes parvenus en choisissant un livre après l’autre, ceux qui devaient être gardés, ceux qui devaient être jetés et ceux qui devaient êtres donnés. Les livres exclus ont été emportés dans de gros cartons. Un voyage en ascenseur pour chaque carton. Les autres ont été grossièrement disposés sur les deux étagères qui restent, j’en ai fait une photo, après quoi je les mettrai, eux aussi, dans des cartons, pour les emporter à la rue des Boers. Mais il ne s’agit pas que de livres, il y a aussi des boites en cartons, toutes sortes de dossiers à l’intérieur desquels je découvre sans cesse d’autres archives et dont il faut, chaque fois, que j’examine le contenu pour savoir en détail ce que je garde, ce que je donne (ou me propose de donner, car encore faut-il trouver preneur) et ce que je jette. (Quelle horreur de jeter, j’attends la nuit, le couvre-feu, et je descends déposer mes paquets à l’entrée de l’immeuble.)

Rue Verdi, toutes les nuits depuis six mois, je continue de me réveiller à deux heures et demie, heure à laquelle Fanny est morte. Ensuite, pas question de me rendormir. Là-bas, j’espère que je dormirai mieux. Le tramway passe sous ma terrasse. J’aime le son de sa cloche fêlée. J’aime l’idée d’habiter dans une petite rue d’un quartier excentré. Un jour les cinémas et les restaurants rouvriront, et je pourrai dire à Ariane, qui est ma voisine, "Ce soir, cinéma et restaurant ensuite" (ou l'inverse), et nous descendrons l’avenue Borriglione, jusqu’à la place de la Libération. Et, plus tard, dans la nuit, nous remonterons tranquillement, moi un peu ivre. Quoi d’autre ?

Edmond. Version linéaire dans Petits livres
 

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