Seuls les vivants

Les apparences, dans le petit jour, avaient du mal à s’imposer. Elles restaient blanches. On sait que la venue du printemps peut se cacher sous les dehors d’un jour pluvieux. Elle est, dans ce cas, dénoncée par certains cris d’oiseaux dans les arbres, le long de boulevards détrempés. Tu t’arrêtes sous un abri de bus pour profiter des lueurs jaunes et rouges de véhicules fantômes, qui transportent du vide. Des vols d’étourneaux s’effilochent sous le ciel gris. Garder la mesure. Il semble que nous n’ayons plus accès aux collines de Marcel Pagnol. Nous restons en deçà, arrêtés dans les quartiers supérieurs où s’allument une à une les boulangeries. En temps de crise sanitaire, les boulangeries font tout. On peut y boire un café, debout devant la vitrine où, avec ton sac à dos et le capuchon de ton K-Way, ton ombre est celle d’un pèlerin. Une fois rentré chez toi, tu te pencheras sur l’écran de ton ordinateur pour lire les e-mails reçus pendant la nuit et y répondre. Ne crains rien, n’espère rien non plus. Seuls les vivants peuvent envoyer des e-mails.

Extrait de Lieux dits. À retrouver dans nos Petits livres. 

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