Prestiges | Une attraction de foire


Son art si art il y avait n'avait
rien à voir avec la Poésie
plutôt avec la Passion
d'apparaître et disparaître lui-même tout entier.
Une attraction de foire qu'il exerça dans les foires
des villes d'Europe où il accompagnait
la famille qui l'avait recueilli dès l'enfance,
souvent dans de pauvres Villages où
ils parvenaient à la nuit tombée, grelottant
sous une pluie qui n'avait pas cessé depuis
des nuits et des jours, leur caravane
sentait le Chien mouillé, une gouttière se formait
au bout de leurs chapeaux, mais quelquefois aussi
sur les scènes les plus prestigieuses (les mieux
éclairées) de Londres ou Copenhague. Un destin
qui le faisait se replier comme un pantin
dans des coffres, se pendre dans des portants
de costumes bariolés. Qui le faisait éternuer.
À cause du fard à joues. Et jouer de la
guitare et chanter comme on fait en Italie.
Combien de langues au juste savait-il parler.
De combien d'instruments de musique pouvait-il
jouer. Et ces tours connus de lui seul qui le rendaient
invisible dans les miroirs, à travers eux. Ces chaînes
au fond des bassins où il manqua se noyer.

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