Aéroport


La route longe les pistes de l’aéroport
sur plusieurs kilomètres

une barrière surmontée de rouleaux de
fils de fer barbelés laisse voir
les queues de jets privés
garés l’un près de l’autre

par-delà les pistes c’est
la mer qu’on ne voit pas à cause de la barrière
(treillis de plastique vert ajouté au grillage)

/

cette fois en sortant de la ville des nuages
bas sur la mer un cyclone qui
se forme et vrille comme le génie d'
Aladin glisse sur les vagues
en direction de l'aéroport au bout de
la corne de la baie

OÙ sont les ANges blANcs comme
les avions emplumés 

/

je me suis levé au milieu de la nuit
à cause de la chaleur j’ai marché pieds nus
sur le carrelage pour boire de l’eau au robinet
de la cuisine mais dans le nOir
j’ai cru marcher dans l’eau d’un bassin

après la douche à l’entrée de la piscine
Royaume de la buée OÙ les corps
nUs se nOient
nous marchions dans l'EAU
d’un bassin

où les yEUX brÛlent
à cAUse du chlOre

Que ne suis-je reste là, dans les vest
iAIres de la piscine debout les pieds
nus dans l’eau chaude du bassin
à regarder de loin ceux 
qui nagent

/

la barrière elle-même bordée par
une bande étroite d’herbe plantée
d’Arbres où se dessinent une piste
étroite pour les cyclistes une autre
pour les joggers

/

nulle part où s’arrêter parfois oui
vu loin quand vous passiez en voiture
UN qui a jeté son vélo dans la pelouse et
s’agrippe des deux mAINs au grillAge
pour mieux vOir les aviONs; al
ors bien sûr vous le voyez de dos;
pour apercevoir les jets derrière la grille i
mmobiles arrêtés toujours en plein
sxleil leurs coques blanches qui brÛlent 
à la plAce de plUmes ou la nuit aussi
bien

/

nous dormions au sommet de l’école
qui regarde la mEr et qui la nUit l’É
cOUte dont les rÊves de nos sOmmeils
côte à côte s’emplissent

sachant dans nos sommeils jusqu’AUx
animAUx 
blANcs et avEugles qui 
habitent le fond obscUr de la mEr

nos rêves se communiquaient alors
on parle de gisants
comme des tuyaux blancs pénétrés dans
nos bouches par lesquels on aurait fait
communiquer nos cervEAUx

/

quand je me lève la nuit sans éclairer
mes pieds pataugent dans un bassin

13/06/2021 - 06:14







Commentaires

MRG a dit…
Je dois t’avouer que j’ai été interloqué par tes, comment dire? « cummingseries » mais sur ce dernier morceau au moins (il faut que je relise le précédent) je les trouve très efficaces (ce qui est patent lorsque j'écoute la version parlée). Il m’est tout de suite venu en tête la fin de 2001, lorsque débranché HAL devient incohérent et stochastique. Ce « pourrissement poétique » (il se trouve que ces jours-ci j’ai sur mon bureau la petite plaquette de Denis Roche, en attente de rangement) tranche avec les célébrations de ton feuilleton (dont je me demande s’il est achevé).

...

À y réfléchir ce dernier morceau agit sur moi comme une critique de tes écritures précédentes (le feuilleton), comme le refus du réel qui te fait écrire contre sa capture dans les filets d’un « bien dire ».

...

Oui, décidément, très beau, très fort.

...

Ah, si, et tout de même une petite remarque. Je n'ai compris qu'à la troisième lecture qu'Aladin est le djinn d'Aladin (comme Frankenstein est devenu le monstre du docteur Frankenstein). Avant j'essayais de voir les vagues comme un figure de tapis volant!
Pour ce qui est d'Aladin et de son génie, oui, il s'agit bien d'une approximation que je corrige aussitôt. Pour le reste, j'y reviens au plus vite.
Le libraire et l’étudiante est en travaux. J’ai réordonné ce qui était écrit en regroupant les épisodes des mêmes histoires. Et j’ai récrit le dialogue sur Hölderlin. Je pourrai bientôt te montrer cela. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que tu veux dire mais, à mes yeux, le feuilleton n’est pas du côté du réalisme. Si souci du réel il y a, c’est plutôt avec les poèmes. Le projet du feuilleton touche à un registre de littérature romanesque que je voudrais promouvoir, à un goût que je voudrais illustrer, qui me semble manquer au paysage. Je ne suis pas du tout certain d’y parvenir dans ce texte, mais celui-ci est fait pour s’ajouter aux autres réunis sous le titre collectif de Petits livres. Dans mon idée, il reste 3 histoires à écrire. Le contour de ces histoires est assez clair dans ma tête, mais celles-ci réclament des recherches documentaires que je ne serai pas en mesure de faire avant l’automne. Et si ce livre devait rester inachevé, cela ne me dérangerait pas plus que cela. Encore une fois, c’est la collection complète qui compte.

Pour les jeux à la cummings, bien sûr tous les procédés sont bons pour saisir (fixer et collecter) l’impression mnésique avant son élaboration phrasique, pour garder la langue vivante, et pour permettre aux mots de "faire leur spectacle". J’écoutais hier une interview d’Anne-Marie Albiach où elle parle de ses poèmes comme de petits théâtres de mots. Je ne suis pas très théâtre, pour moi, je voudrais permettre aux mots de faire leur cinéma. De petits films. À la fois savants et populaires.

J’essaie d’écrire des choses, dans tous les cas, dont je rêverais qu’elles fassent sourire (vivants ou morts) cummings et Ginsberg, mais aussi Rohmer et Desplechin, et encore Robert L. Stevenson, Charles Trenet et Wayne Shorter.

L’époque veut qu’on privilégie la radicalité en poésie. Tout mon effort consiste trouver le chemin d’une modernité qui récuse toute idée de radicalité.

Ce n’est pas demain que mes Petits livres seront publiés ailleurs qu’ici.
MRG a dit…
Quant à ton feuilleton, j'ai depuis un bout de temps l'image en tête d'un filet, d'un filet merveilleux et un peu magique de mots et d'histoires, souvent aussi simplement dites et aussi peu psychologiques que les contes du Décaméron ou des 1001 nuits, d'un filet où viennent se prendre de temps à autres des morceaux de souvenir ou de journal voire (mais ce n'est pas ce que je préfère) des prises de parti. Lorsque je parle du réel qui te pousse à écrire, je ne suppose nul réalisme: il y a un réel qui est avant et un qui serait après, un réel source et un réel cible, lequel serait celui visé par le réalisme. C'est au premier que je pensais, au plus près du corps. De ce point de vue j'adhère tout à fait à ce que tu dis du contraste entre ton feuileton et tes récents poèmes. Mais il se peut que ce contraste je l'ai compris, perçu plus radical (justement, peut-être parce que je me suis souvenu de Cummings et que, du coup, je l'ai relu) que tu ne le dis. C'est que les "jeux à la cummings" ne me sont pas apparus comme des jeux, justement, pas un petit théâtre de mots, d'abord parce que les mots y sont défaits et défigurés, ou alors un théâtre de la cruauté. Cela n'est pas pour dire, soyons clairs, que le feuilleton en serait condamné (j'en attends la suite avec impatience) - juste inquiété, ce qui ne me semble pas un mal.
Oui, je me souviens des « Nouvelles 1001 nuits » de Stevenson, publié en 10/18 au tout début des années 70, que j’ai lu en même temps que je découvrais Borges. Ce que dit V. Hugo chanté par Brassens dans La légende de la nonne: « Venez, vous dont l'œil étincelle / Pour entendre une histoire encor… » Avec cette idée très simple, qu’en deçà de ce qui peut donner lieu à des histoires, il y a les poèmes, qui peuvent faire référence au monde des histoires, évoquer des histoires, mais sans raconter eux-mêmes des histoires, concept qui suppose que pour chacune de ces histoires il y aurait un début et une fin: un (seul) sens. L’exemple absolu du poème qui renvoie au monde du roman sans lui-même raconter UNE histoire (d’ailleurs aucun critique n’a jamais été sûr de comprendre l’histoire, à savoir qui est qui là-dedans) représenté par « La servante au grand cœur… » de Ch. Baudelaire. Je veux dire que je ne choisis pas. Quand je peux raconter une histoire (encore), je suis content. Quand je ne peux plus (ou pas déjà), j’écris un poème. Mon projet, mon défi personnel: ajouter l’un à l’autre, sans du tout les confondre, dans le même texte. Conjoindre Borges et Ponge. C’était l’idée que j’avais quand j’avais 30 ans. Le projet me semblait clair mais il me semblait tout aussi clair que je n’en avais pas les moyens. Aujourd’hui, je me dis que peut-être… Ce sera(it) l’histoire d’un port.

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