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Depuis qu’il habite sur un campus
universitaire en plus d’y enseigner
il ne le quitte plus

Avec une bibliothèque ouverte
tout au long de l’année
de grands arbres bruissants
des pelouses où on va s’étendre
pour lire et parler entre soi
Des oiseaux aux soleils, des frisbees

Enseigner et étudier les langues
— étudier plus qu’il n’enseigne
Il refuse d’en sortir sauf à être
invité dans un autre, n’importe
où dans le monde, de préférence loin
qu’il ne quittera pas davantage

Cette fois je n’ai plus de cartes postales
un seul timbre — tous les autres sont partis
dans leurs familles ou en voyage
Il fait si chaud — je me débrouille le soir
pour boire des citronnades et regarder des films

Le couloir est vide, il résonne
du bruit que fait la télévision quand
les indiens poursuivent la diligence
et que les voyageurs tirent au fusil
— penché devant le distributeur automatique
il tire une barre de céréales avec
le bruit
du mécanisme

Le sable et la poussière du désert
brûlé par le soleil — il prend une douche
dans la salle des douches portes
ouvertes qui battent — puis nu,
une serviette sur l’épaule, ses pieds laissent
des traces humides sur le carrelage du couloir,
les vasistas ouverts sur la lune et les hiboux
— il va dormir

4/06/2021 - 04:31

Extrait de Reprises. À retrouver dans nos Petits livres. 

Commentaires

Cela me fait penser, en provoquant le même plaisir, à certains poèmes des néoréalistes niçois (Biga par exemple).
Kilroy Was Here, de Daniel Biga, date de 1972. J’ai dû le lire très peu d’années plus tard et j’en garde un souvenir délicieux. Mais comme son titre, l’indique la forme de ce recueil doit beaucoup aux poètes américains des années 50-70, objectivistes comme William Carlos Williams, ou plus échevelés comme Allen Ginsberg, et aujourd’hui c’est d’eux que je me sens le plus proche. As-tu vuPatterson, le film de Jim Jarmusch? Je travaille à l’apprendre par cœur

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