Le premier qui me dépasse

J'étais assis sur un banc du Parc Chambrun
quand il a commencé à pleuvoir
J’étais venu là pour lire comme je fais
presque chaque soir et déjà
quand je suis arrivé le ciel était gris et lourd
            il commençait à pleuvoir
            je restais seul assis sur un banc
ce n’est pas le plus désagréable qui puisse vous arriver
mais je ne voulais pas que la pluie abîme ma Kindle
alors je l’ai glissée dans ma poche et je me suis levé
et aussitôt que je suis sorti du parc un rayon de soleil
            a percé les nuages, alors au lieu
            de rentrer chez moi comme j’avais pensé
je suis monté jusqu’au Parc du Ray pour voir les
            enfants qui s'entraînent au football

            Loin derrière les grilles tu te tiens debout
            J’entendais les coups de pied dans le ballon
            et qu’ils haletaient comme dans un ancien rêve
Nous étions seuls à les voir se disputer le ballon
            dans un terrain aride, au pied de grands
            immeubles blancs, plus tard le rêve
            nous transportait à Montmartre
Mais bientôt la trouée entre les nuages s’est refermée
et la pluie s’est abattue en grosses gouttes tièdes
Je me suis demandé combien de temps leurs entraîneurs
            accepteraient qu’ils se mouillent avant de
            siffler le retour aux vestiaires

            Qui est le vieux qui yeute de loin les joueurs
            Des femmes voilées me regardaient de biais
            J’attendais que la pluie mouille leurs yeux
            inonde leurs visages J'attendais
            qu’ils lèchent la pluie sur leurs lèvres, qu’elle
            les aveugle, qu’ils ferment les yeux et qu’ils se couchent
            les bras en croix sur la pelouse et ouvrent la bouche
            pour la boire en riant, Ô mon enfance, ma sœur
            la pluie criblant leur corps comme fait le soleil
            sur le Dormeur du val

Et le ciel maintenant était sombre J’ai relevé
le capuchon de mon K-Way et m’en suis
allé comme un voyou les mains dans poches
J’ai vu le boulevard se vider en écoutant
la pluie sur le capuchon de mon K-Way
            Pas la peine de courir, les rues
            Seront désertes quand tu arriveras
            Livres et vin peuvent attendre
            Et le jazz à la radio
Mais comme la nuit se glissait vite alors, comme
            une rivière qui déborde, dans les rues,
            où tu allais, pouvant te croire un chat
            Yeah, I'm talkin' 'bout the midnight gambler
            Did you see him jump the garden wall?

Le premier qui me dépasse sur le trottoir peu éclairé
            a les mains dans les poches, lui ou elle aussi,
            mais la tête nue sans plus presser le pas, il ou elle
            s’éloigne dans la nuit, s’efface, bientôt suivi de deux
            autres, les mêmes silhouettes, les mêmes pas
            souples, la tête nue comme s’il ne pleuvait pas,
            avec juste peut-être les épaules serrées pour
            protéger le cou maigre et la nuque
Si bien que, parvenu devant ma porte, à cause des
            disparus, comme attiré par eux dont je n’avais pas
            vu les visages, ni s’ils étaient filles ou garçons,
            je ne m’arrête pas, je poursuis jusqu’à
            l’autre boulevard qui monte vers le nord

Did you hear about the midnight rambler?
Il fait tout à fait nuit alors, la pluie forme un rideau de perles
Il me restait un peu de batterie sur mon iPhone
j’ai ressorti de ma poche mes écouteurs blancs aux fils
emmêlés et j’ai écouté Bob Dylan et les Stones

3/06/2021 - 05:32 

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