My Blueberry Nights

Je regarde des films la nuit, sur ma tablette. Je ne comprends plus bien les recommandations d’aller voir les films au cinéma plutôt que sur les petits écrans qu’on a chez soi.

La tablette rapproche le cinéma du livre. Je vais me coucher avec une Kindle pour lire — en ce moment, c’est La conscience de Zeno — et mon iPad pour jouer aux échecs et regarder des films — la nuit dernière, c’était My Blueberry Nights de Wong Kar-vai.

Une grande particularité du cinéma, jusqu’à présent, était qu’on regardait les films en une seule fois, du début à la fin. Dans l’obscurité de la salle de cinéma, isolés que nous étions de tout le reste. C’était bien d’aller au cinéma avec une femme, je veux dire avec la personne qu’on aimait, qui partageait nos nuits. Le cinéma avait à voir avec le retour dans la nuit qu’on ferait auprès d’elle — si on trouve un café ouvert, on pourra peut-être s’arrêter pour boire et manger quelque chose — sinon je suis sûre qu’il reste des bières au frigo, des pâtes, des lardons, de la crème et des œufs, le peu de temps qu’il faut pour préparer une carbonara, et demain tu te lèves tôt, tu te souviens que tu retournes à l’école.

Le cinéma avait à voir avec cette habitude qu’on avait prise de dormir et de rêver côte à côte. Une façon de se préparer à la mort. Encore faudrait-il que l’un ne parte pas sans l’autre.

Les films étaient comme des rêves où il y avait de la place pour plusieurs, qu’on faisait en commun.

Dans My Blueberry Nights, il y a ces images et ces bruits du métro aérien. Les images de Norah Jones endormie, les coudes et la tête posés sur le comptoir, et celles de Jude Law qui se contorsionne pour l’embrasser sur la bouche sans la réveiller, ne seraient pas si belles s’il n’y avait pas dehors, dans la nuit, les images et le bruit du métro de New York.

Le métro aérien était dans le film. Sous le balcon de mon studio, une rue déserte où passe le tramway. Et d'étroits jardins avec des arbres où chantent des oiseaux. J’ai regardé le film en trois ou quatre fois séparées par des parties d’échec, par des pages lues d’Italo Svevo et par un peu de sommeil. Par grosses cuillerées, comme Norah Jones mange la tarte aux myrtilles. La dernière scène, celle des retrouvailles, je l’ai vue quand le jour pointait et que les oiseaux chantaient plus fort.

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