Les refus de la langue

Un des phénomènes les plus étranges et les plus dramatiques auxquels nous ayons affaire est l’abandon de l’enseignement des lettres. De la langue dans les lettres, et des lettres dans la langue

J’entendais voici peu des explications journalistiques sur les modules de formation proposés aux jeunes les plus en difficulté. De nombreux thèmes étaient évoqués, sauf celui de la langue. Et même pour ce qui est de l’enseignement scolaire le plus basique, on n’en est plus à rechercher le conseil de poètes et de grammairiens (ou de linguistes), comme cela s’est toujours fait, dans toutes les civilisations du monde, mais plutôt celui des neurosciences. 

Le savoir de la langue n’est pas dans nos cerveaux. Il est, comme il a toujours été, dans les textes des poètes et dans les discussions des grammairiens. Nous appartenons à une génération pour laquelle l’école était la maison de Jacques Prévert, d’Apollinaire, Verlaine, Hugo et de quelques autres. Nos maîtres avaient connu l’Occupation et, à présent, ils nous faisaient chanter L’Affiche rouge avec Aragon, la Liberté avec Paul Éluard, et Quelle connerie la guerre Barbara avec Jacques Prévert. Nous apprenions l’histoire et l’amour tout ensemble en répétant après d’autres les mots qu'avait tressés Aragon et qu'avaient mis en musique (dans l’ordre) Brassens, Ferré et Ferrat. 

Des forces ont voulu que cesse ce désordre amoureux. Et ces forces étaient celles, d’un côté, d’une "poésie contemporaine" qui n’avait plus que faire ni des "beaux textes" ni de la mémoire pour les apprendre; de l’autre, celles d’un discours scientifique qui cherche, là où il est, à imposer des normes auxquelles la langue ne se soumet jamais tout à fait. Raison pour laquelle on lui en veut!

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