Le grand incendie de Nice

Je suis en voyage avec mes parents. Le rêve ne précise pas dans quelle ville ni dans quel pays, probablement en Italie, peut-être à Rome. Nous dormons tous les trois dans la même chambre d’hôtel. Puis, au milieu de la nuit, je me réveille et je les vois tous deux accoudés à une fenêtre grande ouverte sur un ciel qui rougeoie. Est-ce un décor d’opéra? Mon père est en caleçon et tricot de corps, ma mère en combinaison légère. Oui, c’est l’été, il fait chaud, nous devons être à Rome, tout près du Vatican. Je me lève et je vais les rejoindre. Ils me font une place entre eux, la barre d’appui m’arrive au front, je m’y accroche des deux mains et je découvre, par dessous, l’incendie d’une station service.
Celle-ci se trouve de l’autre côté de la rue, à quelques pas de nous et, des pompes alignées sur le trottoir, s’élèvent des flammes qui m’effraient. Je crie à mes parents qu’elles vont entrer dans notre chambre, qu’il faut vite fermer cette fenêtre et aller nous cacher au fond de la pièce où se trouve mon lit. Nous nous y blottirons tous les trois, loin du rougeoiement des flammes. Je pleure. Mais ma frayeur les fait rire. Mon père met son bras sur mon épaule et dit:
— Mais non, regarde, les pompiers sont déjà là.
Et c’est vrai que des petits hommes casqués sont accourus et que, au moyen leurs lances puissantes, tenues à deux bras, ils aspergent les pompes avec de la mousse blanche comme de la chantilly. Et pourtant, voici qu’on tambourine à notre porte, derrière nous. Si fort que je me retourne et me réveille.
Je ne suis pas à Rome mais à Nice, dans le quartier de Bon Voyage, tout près des abattoirs, dans une chambre sans confort située au-dessus du Restaurant des amis, et je ne suis pas un enfant mais un vieil homme qui dort seul.
Oui, c’est bien ici qu’on frappe et on m’appelle. Je reconnais la voix de Lourenço. Je me lève, je lui ouvre enfin et, son visage presque à toucher le mien, il me crie:
— Vite, vite, habille-toi. La Cité Aristote est en train de brûler.
Je m’habille en hâte, je descends, je contourne le restaurant et me dirige vers la Cité.
Au moins deux immeubles sont en flammes. Des familles entières les fuient. Elles marchent dans ma direction. Sans hâte. Sans me voir. Sans se retourner vers l’incendie. Des couvertures sur le dos, des manteaux, des valises mal fermées, un chat sur l’épaule d’une jeune fille, une poussette surchargée. Des silhouettes égarées, incrédules, accablées. Sur elles, une pluie de cendres. C’est l’exode qui recommence, qui se propage et se multiplie, d’un siècle à l’autre, à travers le monde, comme les épidémies. Je cherche parmi ces gens et soudain j’aperçois Carmen. Elle me fait signe de loin. Nous nous frayons un chemin l’un vers l’autre au milieu des fantômes. Elle tient son téléphone à la main. Son visage est défait. D’une main, elle prend la mienne. Elle m'attire à elle. De l’autre, elle me montre son téléphone. Sur l’écran de la messagerie, je lis:
PRÉPARE-TOI. JE VIENS TE CHERCHER. MIRKO.

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