Que serait notre vie?

Je me souviens comme il faisait froid, à Altrosogno, lorsque j’étais enfant. Je me souviens comme le vent soufflait dans la cour de récréation de notre petite école. Les grands marronniers perdaient leurs feuilles qui crissaient, traînées sur le sol. Les portes en bois des cabinets claquaient.

L’école regardait la vallée. Nous y montions par des ruelles en escaliers en ayant froid aux jambes, et l’après-midi, tandis que le maître avait quitté la classe pour faire des polycopies sur une machine à alcool dont les relents lui montaient à la tête, et que les autres élèves chahutaient, debout sur les tables, nous collions nos fronts aux vitres des fenêtres pour nous dérober à ce désordre, à cette agitation, ou quand encore, l’heure de la récréation étant venue, nous sortions dans la cour et que soudain nous hésitions à nous avancer, chaque fois nous étions pris de vertige devant tant d’espace, tant de vide, de nuages et de pluies, devant tant de rochers pointus et d’arbres hérissés, devant tant de cris de corbeaux et de noirceurs accumulées.

Que serait notre vie? Où irions-nous la vivre? Je savais être bon en calcul et que je devrais me débrouiller avec cela, comme d’autres qui ont appris la musique se débrouillent avec leurs instruments. «Tu sais jouer de la clarinette, ou du hautbois, ou du violon? Eh bien, puisque tu es aux armées, maintenant que c’est la guerre, peut-être pourrais-tu jouer du clairon. Ce serait utile, chaque fois qu’on a besoin d’entendre la Sonnerie Aux morts. Et tu y gagnerais des jours de permission.»

D’abord descendre dans la vallée où sont des fermes et des moissons, puis marcher tout droit jusqu’à la mer. 



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