Scène de combat

Les drones de Samson donnent quatre minutes à la Brigade pour se préparer à une attaque des Sabreurs. Le pickup est repéré dès sa sortie de Nice, les appareils volants et bourdonnants transmettent l’information à Samson qui lui-même la transmet à Lourenço. Quatre minutes plus tard, quand le pickup arrive devant la petite maison, la grille du restaurant est baissée, et quant à la porte qui se trouve à côté, et qui donne accès au couloir central, elle est étroite, solidement fermée et surmontée d’une fenêtre derrière laquelle sont positionnés deux hommes armés de lance-pierres, qui canardent tout ce qu’ils voient. 
Les Sabreurs ne se risquent pas à s’approcher de la porte. Ils descendent presque tous de la camionnette, en s’abritant sous des boucliers transparents, et se répartissent en deux files indiennes qui contournent de part et d’autre la maison.
Ils se regroupent ainsi à l’arrière, où les arrête un mur surmonté de grilles faites de hautes lances en fonte. Celui-ci enclôt un jardin planté de lauriers et d’un citronnier, où l’été il arrive encore que soient dressées des tables pour un banquet de noces.
La salle de classe ouvre sur ce jardin, par une porte qui est large, à deux battants et flanquée d’une fenêtre, plus large encore, par où, les jours de fête, on fait passer les plats venant de la cuisine. Ah, les couscous et les paellas! Ah, les montagnes de légumes fumants qui recouvrent les morceaux de mouton! Mais alors, les assaillants bombardent la porte et la fenêtre qu’ils trouvent soigneusement fermées. Ils le font de loin, en se tenant derrière les grilles qu’ils ne peuvent pas escalader. Aussi, leurs tirs ne sont guère efficaces, tout au plus abîment-ils les volets de la fenêtre et de la porte qu’après leur départ, chaque fois, on répare et renforce.
À un moment pourtant, ils parviennent à forcer le portail et entrent dans le jardin; au même moment, la porte s’ouvre, vingt hommes en sortent armés de nunchakus et le combat s’engage sous les arbres.
Pas question de musette. Pas question de ripailles. Les coups pleuvent et font des bruits terribles. Mais, par bonheur, tous ces guerriers sont coiffés de casques, couverts de cuirasses épaisses (noires pour les Sabreurs, arc-en-ciel pour les brigadistes Sansnoms), équipés de hauts boucliers de Plexiglas, et déjà retentissent, sur la route de Turin, les sirènes des voitures de police. 
Le chef des Sabreurs en est lui aussi averti par des drones. Il siffle et ses hommes reculent aussitôt, en bon ordre, non sans rendre les coups que leur assènent les défenseurs qui s’avancent vers eux, pied à pied. Ils ressortent ainsi du jardin et accourent vers la camionnette qui les attend, moteur en marche. Ils y montent, se redressent pour échanger encore quelques tirs de boulons avec les Sansnoms afflués derrière eux. Enfin, le véhicule démarre, il s’éloigne. L’attaque est repoussée.
Alors, la grille du restaurant peut être relevée. Elle grince. Lourenço en sort, accompagné de Rodrigo. Le vieux roi est triste de voir des blessés assis ou couchés sur le sol. Il s’incline, parle à chacun, l’aide à ôter son casque, à se défaire de sa cuirasse, lui dit « Mon petit », caresse ses cheveux.
Mais quoi, cette chevelure-là n’est-elle pas trop blonde et trop abondante, cette nuque trop fine? Le visage du guerrier assis et qui renifle se détourne du roi. Il ne veut pas le voir, il ne veut pas en être vu. Mais le roi insiste. Il met un genou à terre, il prend ce visage à deux mains, le tourne doucement vers lui, l’embrasse et dit d’une voix tremblante: 
— Angelina, ma fille!

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