Rosalina 6 / Pop et punk

Chimène et Steve ont continué de se voir, au fil des ans. Pas même une fois par an. Toujours chez lui et à son initiative à elle. Selon le même rituel. Elle qui appelle.
— Tu m’invites à dîner ?
— Quel soir ?
— Vendredi, ce serait possible ?
— Oui, bien sûr. Je nous prépare quelque chose.
— Potage de courge, de carotte ou de cresson. Tortilla et endives. Fromage et fruits. J’apporte les fruits.
— C’était le menu de la dernière fois. Tu n’en as pas assez ? Je peux changer, tu sais ?
— Je ne veux pas que tu changes.
— Alors, je ne change pas. Sauf la musique. Un peu de musique tout de même. Tu as fait des découvertes ?
— Deux, trois petites choses. Tu es sûr que je ne te dérange pas ?
— J’ai hâte de te battre aux échecs.
— Ça, n’y compte pas.
— À vendredi, alors. Je t’embrasse.
Et le soir où Rosalina a lu, Chimène était dans le public. Ils se sont retrouvés sur le trottoir, un verre de vin à la main, parmi d’autres qui étaient sortis comme eux pour fumer une cigarette.
— J’ai vu que Rosalina te regardait, te faisait signe. Tu la connais donc ?
— À peine. Elle est venu inscrire l’enfant d’un ami dans notre école. Nous avons échangé quelques mots. J’ai pu lui rendre service. Elle est simple et sympathique. Voilà tout.
Puis, ce même soir, ils sont remontés ensemble au logement de l’école. Et, cette fois, ils se sont contentés de spaghettis.
— Et tu connaissais son travail ? Je veux dire ses chansons ?
— Il faut que je t’avoue une chose. Nous nous sommes avoué déjà tant de choses. Je ne parle pas anglais.
— À bon ? Pourtant tu cites Bob Dylan dans le texte.
— Dans le texte, en effet. C’est parce que, déjà quand j’avais dix-sept ans, les textes de ses chansons étaient imprimés au dos des pochettes de ses disques. Et que, oui, je suis tout de même capable de traduire. Pour Rosalina, en revanche, je n’ai fait que l’écouter. Je suis resté en dehors.
— En fait de chansons, Rosalina écrit des poèmes qu’elle lit avec un accompagnement de musique, pas forcément toujours le même. Pas les mêmes instruments et pas la même énergie. Elle est plus proche d’Allen Ginsberg que des Beatles. Les Beatles, c’est de la pop. Elle, c’est du punk. De la contre-culture.
— Et tu comprends ses textes ?
— Pas tout, mais assez pour aimer. Ils font penser aussi à ceux de Jim Morrison.
— Tu aimerais la rencontrer ?
— Oh, oui ! Pourquoi pas ?
— Je me demande ce qu’elle dira de ma célèbre tortilla. 
— Où achètes-tu ton poivre ?
— Je garde mes adresses.

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