Rosalina 9 / Plumes d’ange

Le carton d’invitation pour la lecture de Rosalina avait le format d’une carte postale. Au recto, une photo d’elle en noir et blanc et, en surimpression, l’heure et le lieu de la performance. Au verso, imprimé en caractères minuscules, le texte de sa chanson la plus connue, intitulée Angel Feathers

Le premier soir où elle vient dîner chez Steve, Chimène y est aussi. Tandis qu’ils en sont aux noix, aux clémentines et au nougat, Steve leur montre une traduction qu’il a faite de cette chanson. Plusieurs fois, ils la fredonnent ensemble, tous les trois, sans musique, un crayon et une gomme à la main, pour en améliorer le texte français. Ils le rabotent et obtiennent ceci : 

Tu disais qu’il faisait froid
en arrivant chez moi 
juste un blouson sur le T-Shirt 
sur la tête un chapeau de cow-boy
Le froid nous rapprochait bientôt
Ton ventre lisse comme plumes d’ange

Les chansons que nous passions
sur le pick-up
avaient le goût froid des oranges
la pluie du soir et ses lumières
Mais ensuite tu repartais
je ne savais pas où tu allais
J’étais jalouse

J’essuyais sur ton cou
les gouttes de pluie apportées du froid
Celui-là tu ne lui mettras pas
du sel sur la queue, disait ma mère
Tu seras malheureuse
C’est pourtant toi qui es demeuré 
dans la ville au goût d’enfance

Nos amis ignorent ton adresse
Tu en changes sans cesse, disent-ils
Mais aussi qu’ils continuent de voir
passer ton ombre

Le chapeau de cow-boy vissé
sur ta tête mais le visage plus émacié
et le bleu des yeux noyé
dans l’eau du ciel

Regarde c’est lui qui passe
derrière la vitre du café
nos regards se sont croisés
puis il s’est détourné
La nuit l’a englouti
Plumes d’ange
Plumes d’ange
Etc…

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