2. Le droit au loisir d’apprendre

Face aux dangers sanitaires et climatiques auxquels nous sommes confrontés et ceux qui nous guettent, nous avons plus que jamais besoin que les enfants soient accueillis dans des écoles, et nous avons bien évidemment besoin que ces écoles soient gratuites et ouvertes à tous.

Cette double exigence constitue le cadre de notre réflexion. Déconstruire l’École ne signifie en aucun cas nous passer d’un service public d’éducation, mais plutôt rendre aux établissements la liberté nécessaire à un fonctionnement plus efficace et plus harmonieux, mieux adapté aux publics concernés et à l’intérêt de chaque enfant pris en particulier. En outre, il va de soi cette liberté ne saurait échapper au strict contrôle de l’état pour tout ce qui concerne la protection de l’enfance et la laïcité.

Si nous souhaitons que les écoles soient exemptées des contrôles bureaucratiques qui entravent aujourd’hui leur fonctionnement, ce n’est certainement pas pour que demain elles tombent sous l’emprise des sectes religieuses. Ce danger existe, il est bien réel. Pour autant, il ne doit pas servir d’alibi à l’immobilisme. Face à lui, nous ne devons pas rester sur la défensive, paralysés par la crainte de ce que nous réserve l’avenir. Cet avenir, nous devons l’inventer.

Pour la première fois peut-être de façon aussi claire, la crise sanitaire de la COVID 19 nous oblige à considérer que les écoles sont d’abord des lieux d’accueil et de protection de l’enfance. Dans les périodes où tout parait se déglinguer, les parents doivent pouvoir compter sur des services spécialisés pour prendre en charge leurs enfants tandis qu’ils se rendent à leur travail. En quelques mois, nous avons pris conscience de ce que certaines études indiquaient depuis longtemps, à savoir que les enfants sont mieux en sécurité à l’école que n’importe où ailleurs — mieux que dans la rue et mieux même que dans leurs familles, et qu’en outre, le monde des adultes ne peut pas tourner correctement sans que ceux-ci soient d’abord mis à l’abri dans des lieux destinés à leur accueil et sous la protection de personnes compétentes. 

Les dangers de toutes sortes que nous connaissons, et plus encore ceux qui nous guettent, nous obligent à repenser le service public d’éducation, à le déconstruire en distinguant avec soin, sans jamais les dissocier, les deux grandes fonctions qu’il remplit, à savoir 1) l’accueil et la protection de l’enfance, 2) son enseignement. Puis, une fois cette distinction posée, il paraît inévitable d’accorder une priorité absolue à la première sur la seconde.

On n’enseigne rien de bon à des enfants qui n’évoluent pas d’abord dans un environnement favorable à leur sécurité et à leur éveil. Et si le service public d’éducation se conçoit d’abord comme un service d’accueil et de protection, alors nous sommes en droit d’attendre que les écoles soient ouvertes tout au long de l’année, comme le sont les hôpitaux, les tribunaux, les commissariats de police, les casernes de pompiers. Or, nous savons que ce n’est pas le cas aujourd’hui, loin s’en faut.

Deux semaines de vacances en hiver, deux au printemps, huit en été, deux à l’automne et deux encore à l’occasion des fêtes de fin d’année, cela fait un total de seize, soit le tiers de l’année. Pour beaucoup d’enfants, ces seize semaines signifient d’agréables séjours à la campagne ou à la mer, l’accueil chez des grands-parents qui vivent sous les arbres, près d’une rivière, des voyages à l’étranger, toutes sortes d’activités de jeu et d’apprentissage, et nul ne voit, bien sûr, aucune raison de les en priver. Mais pour d’autres, hélas, elles signifient la rue, avec son inconfort et ses dangers.

Nous n’ignorons pas et nous ne négligeons pas l’existence des centres aérés, que les communes mettent en place, chaque été, pour prendre en charge les enfants quand les écoles sont fermées, ou que, du moins, les enseignants sont en vacances. Mais nous ne nous cachons pas qu’il s’agit là de dispositifs de secours. Un enfant qui passe ses vacances au centre aéré sait bien qu’il est là parce que ni ses parents ni ses professeurs ne savent quoi faire de lui, et que, dans l’attente, ils le confient à de jeunes adultes sous-formés et sous-payés qui ont pour mission de veiller sur lui et de l’occuper comme ils peuvent, en dépit de là chaleur excessive et des risques d’insolation.

Il paraît important que ces centres aérés puissent être organisés dans les locaux scolaires dont on sait qu’ils appartiennent aux mairies et sont gérés par elles. C’est souvent le cas, mais il est regrettable que leur fonctionnement entérine le clivage entre activités d’apprentissage et activités de loisirs. Autrement dit, il serait tellement plus profitable que certains professeurs soient présents sur place, dans ces moments, qu’ils fassent équipes avec les jeunes animateurs de la mairie, qu’ils les encadrent et qu’ils les forment. Le centre aéré se transformerait alors en « Académie d’été », où l’on inviterait en résidence des jongleurs, des étudiants en mathématiques, des musiciens, des danseurs, que sais-je ?, et tout le monde voudrait y participer.

L’enfant est celui qui apprend. Il apprend en jouant et il joue en apprenant. Et l’école est le lieu d’accueil où l’enfant doit découvrir le plaisir d’apprendre, qui l’accompagnera et qui le soutiendra tout au long de la vie. Peu importe ce qu’il apprend, pourvu qu’il le fasse avec plaisir, pourvu qu’il veuille y revenir. Ce qu’il n’apprend pas aujourd’hui, il l’apprendra demain. Il n’est jamais trop tard pour qui a acquis le goût de l’étude, pour qui sait la chance qu’on a et la joie qu’on éprouve à se découvrir un maître. Et l’école est le lieu où apprendre et jouer doivent sans cesse se répondre.

Le dix-neuvième siècle a voulu que tous les petits Français aillent tous ensemble, en même temps, à l’école; et, du même coup, il a voulu qu’ils partent tous ensemble en vacances. Aujourd’hui nous devons accepter l’idée que les écoles resteront ouvertes tout au long de l’année. Mais, du coup, nous devons accepter aussi l’idée que tous les élèves ne partiront pas en vacances en même temps, ni tous leurs professeurs.

Le dix-neuvième siècle a posé le principe républicain d’obligation scolaire, et le moment est sans doute venu de repenser ce qu’il signifie — et de remarquer d’abord qu’il constitue une injonction adressée, non pas aux enfants, mais bien à leurs familles. L’état s’adresse aux familles pour leur signifier qu’elles doivent libérer leurs enfants de toute obligation de travail à la maison ou dans les champs. Il stipule en cela qu’elles doivent accorder à leurs enfants un loisir spécifique, qui est celui d’apprendre.

Le droit au loisir d’apprendre, et de le faire à l’écart de sa famille, est un merveilleux privilège que, dans les sociétés modernes, l’état accorde à tous les enfants. Ce privilège de liberté, hélas, a pris la forme d’un calendrier dont les dates et les horaires s’imposent à tous de manière implacable. Aujourd’hui, on sait de manière certaine à quelle date tous les enfants habitant dans une même zone géographique pourront partir en vacances, que ce soit pour rejoindre leurs grands-parents dans un coin de campagne, ou pour frapper dans un ballon dans la cour de leur immeuble, de même qu’on sait (ou on prétend savoir) à quel âge précisément un enfant doit avoir appris à faire les multiplications à deux chiffres, et à accorder le participe passé des verbes employés avec l’auxiliaire AVOIR.

Le droit s’est retourné en contrainte stupide, et c’est cette contrainte qu’il s’agit d’alléger pour que les enfants apprennent mieux, avec plus de plaisir, et qu’ils le fassent, bien sûr, en toute sécurité.




Commentaires

Dvorah a dit…
Quand j'étais enseignante, je veillais à ce que ma classe soit un vrai lieu de vie riche et agréable pour les enfants. Je veillais à la richesse des matériels, mais également à la joliesse du cadre de vie, à créer des petits lieux intimes : j'ai été la première à avoir un vrai canapé dans ma classe de CE2 dans les années quatre-vingts, tous les enfants de l'école en parlaient et voulaient venir dans ma classe quand un maître était absent ! Avec des enfants qui n'ont parfois ni espace personnel ni lieu de vie identifié (les gardes alternées relèvent parfois d'un pur délire d'adultes), c'est très important. Lors de mes passages dans la campagne japonaise, j'ai pu voir combien là-bas, très loin des caricatures qu'aiment en dresser les journalistes, l'école est un lieu de vie; je m'étonnais que les enfants portent l'uniforme scolaire tout le temps, même pendant les vacances : j'ai découvert que l'école, le collège de leur village est leur lieu de vie : déjà , pendant la journée scolaire, ils participent pleinement à l'entretien, au ménage, à la distribution des repas. Ils ont des jardins qu'ils cultivent, des animaux qu'ils élèvent, et dont ils viennent s'occuper les jours de vacances ; les activités sportives ne sont pas à part, elles sont intégrées et ainsi ils jouent au basket, au baseball avec leur club sportif dans les locaux de leur école ; ils jouissent aussi de l'espace pour y jouer librement. Les professeurs, pendant les vacances de leurs élèves, font de même, ont des permanences et sont à leur disposition.Cela donne une vraie identité à leur communauté scolaire.
Merci pour ce témoignage, Dvorah. Tellement précieux, puisque tu as pu comparer deux systèmes éducatifs. Et pourquoi et comment ce qui peut être fait là-bas, ne peut pas être fait chez nous? Qu'est-ce qui nous détourne de cette joie qu'il y a à être ensemble dans une école? Qu'est-ce qui fait que les écoles et les collèges deviennent si souvent, chez nous, des lieux de tristesse, de violence et d'ennui?
Jean B a dit…
Mon commentaire sera exposé en cinq sections distinctes puisque leur longueur est limité par le logiciel utilisé ici.
I)-Christian Jacomino examine les objectifs qu'il imagine et souhaiterait voir développés pour l'école républicaines au regard des réalités sur le terrain. De très nombreux obstacles, en effet, s'y opposent de nos jours. Le premier est la gestion bureaucratique centralisée trop pesante menée depuis le sommet de la hiérarchie. Un autre est la diversité sociale observée et exacerbée par l'intrusion des média sociaux dans le quotidien de chacun, qui rend la tâche des enseignants difficile par manque d'adaptation des programmes aux circonstances locales. Enfin l'absence de liberté d'initiatives venant des enseignants pour améliorer les performances pédagogiques.

Christian m'a demandé d'intervenir dans son blog pour lancer le débat, à la suite d'un commentaire court que je lui avait envoyé. Mais il convient auparavant de dire que je n'ai enseigné que deux années dans le secondaire, aux tous débuts de ma carrière, en 1968-69, et encore il s'agissait d'une classe de première et une de terminale. Et depuis ce temps, j'ai accomplit toute ma carrière dans l'enseignement supérieur, essentiellement à l'interface entre Physique et Mathématiques, y compris de nombreuses années passées à l'étranger. Ce cursus ne m'autorise a priori pas d'intervenir dans un débat invoquant les problèmes les plus fondamentaux de l'éducation des enfants dans les petites classes, là où se constituent les parcours des individus dans la jungle sociale. Et pourtant, suite à plusieurs de mes remarques jetées au vent, Christian pense que je pourrais contribuer.
Jean B a dit…
Je ne reviendrai pas sur les objectifs idéaux et, somme toute, généreux que Christian décrit dans son blog. Il me semble, en effet qu'il a réfléchi de nombreuses années avec une expérience de terrain qui lui donne cette capacité à pouvoir reconstituer ce que cette éducation "nationale" devrait se donner comme objectifs. Par contre, comme scientifique, en particulier avec un contact prolongé avec les expérimentateurs, je suis en mesure de me poser la question des moyens concrets pour y parvenir. Et une mise en garde s'impose: mes propositions pourraient avoir des effets indésirés.

Pour tenir compte de la grande diversité de circonstances rencontrées dans les écoles, il me semble qu'un décentralisation de leur gestion s'impose. De mémoire, pour avoir été confronté à de nombreuses réformes menées par les Ministres de l'Éducation Nationale au cours de mes 52 ans de carrière, dont la plupart se sont perdues dans les sables de la mémoire sans changer vraiment la situation, il faut impérativement supprimer les mécanismes de gestion centralisées, surtout quand ce sont des Ministres en exercices qui en sont les responsables.
En effet, par essence même, un politicien ne reste en poste que trop peu de temps pour être en mesure de marquer d'un changement notable de la situation concrète sur le terrain. De plus, un politicien ne peut pas, de par sa fonction, être compétent dans des matières aussi sensibles que la pédagogie. Or de nombreux changements pédagogiques, comme la façon d'enseigner la lecture, ou l'enseignement des mathématiques, ont été ordonnés par des Ministres en exercices, depuis les débuts de ma carrière, et dont les conséquences se font sentir au sein des universités 12 à 15 ans plus tard. Ainsi tous mes collègues ont constaté que les étudiants ne sont plus capables d'écrire un texte sans de multiples fautes d'orthographe. De même, le raisonnement logique s'est dégradé au cours des générations d'étudiants post-baccalauréat de façon alarmante.

En réalité, la gestion "centralisée", exige que le Ministre soit assisté par un corps de fonctionnaires, au service de l'État, lui fournissant des informations sur les problèmes et suggérant des solutions techniques à mettre en place. Ce corps est constitué de divers intervenants, mais la groupe le plus influent en matière pédagogique est probablement le Corps des Inspecteurs d'Académie. Au cours de ma carrière j'ai rencontré de nombreux inspecteurs, y compris ceux qui, au sein des universités se spécialisaient dans la formation des enseignants. Et je dois dire que la plupart de ces personnes ne ma jamais donné l'impressions d'avoir les compétences requises en matière de recherches pédagogiques pour être en mesure de proposer des solutions efficaces et viables. De plus, qui dit "corps" évoque inévitablement une discipline de groupe, partageant une idéologie commune qui constitue la caractéristique de cette bureaucratie peu visible mais redoutablement puissante.
Jean B a dit…
De l'autre côté de ce spectre de compétence, figurent de nombreux enseignants dévoués à leur professions et prêts à proposer, sur le terrain, des méthodes infiniment plus efficaces, parce qu'adaptées au terrain dont ils ont l'expérience. Mais les règlements de la fonction publique, et la gestion des carrières au sein du corps de l'Éducation Nationale, font obstacle à la mise en pratique les changements qu'ils pourraient proposer.

La seule façon que je vois de résoudre ce dilemme serait de faire de chaque établissement scolaire, une entreprise indépendante, ayant un maîtrise pleine et entière sur ses choix gestionnaire et sur son budget. La gestion de ces moyens serait prise en charge par un Conseil d'Administration, ayant un Président, incluant des membres venus des divers groupes du territoire sur lequel l'établissement est installé, intéressés aux retombées locales de la politique d'éducation: parents, représentants de l'économie locale, représentant de la politique locale, enseignants, pourraient en faire partie. Ce Conseil serait chargé de la définition de la politique à moyen terme et des choix budgétaires. Puis, ce Conseil serait assisté d'un organe exécutif, qui pourrait être la personne du Directeur d'école, assisté d'un Proviseur en charge de la gestion des élèves et d'un service administratif chargé de l'exécution des tâches. Enfin, un Conseil Pédagogique devrait être constitué au sein du corps enseignant, associant des parents d'élèves, pour élaborer les lignes directrices des expériences pédagogiques menées au sein de l'établissement, et les moyens pour y parvenir.

Une telle autonomie ne peut en aucun se concevoir sans que le Conseil d'Administration ne dispose d'un budget financier, dont il aurait la charge complète. Ce qui pose la question de savoir d'où viendraient les fonds alimentant ce budget. Il est bien clair que, dans la mesure où il existe un consensus national sur l'existence d'une Éducation Nationale, le financement devrait être assuré par l'impôt. Et donc la distribution des crédits en fin de compte reviendrait automatiquement au gouvernement, et à son Ministre en charge de ce secteur.
Jean B a dit…
Ce que l'expérience m'a suggéré au cours de ma carrière, serait de distribuer le budget réservé à ce secteur sur diverses agences spécialisées, dont la durée de vie ne soit pas déterminée par la vie politique, mais serait constituées sur les modèles que j'ai vu au travers de mes visites et des responsabilités gestionnaires diverses auxquelles j'ai participé, concernant la gestion de la Recherche Scientifique Académique. Il serait nécessaire que plusieurs agences soient chargées de la distribution des crédits au sein des Établissements, chacune avec son objectif propre, afin que la multiplicité des objectifs de l'éducation puissent être prise en compte.
Il est certain, par exemple, que le budget de fonctionnement associé à la maintenance des bâtiments, n'est pas de même nature que le budget de associé au salaire des enseignants ou des personnels administratifs. Et cependant il est important de pérenniser ces budgets pour libérer ces deux lignes des soucis de l'incertitude, qui empêchent de rationaliser l'utilisation des crédits sur le long terme. Cette partie du budget pourrait faire l'objet d'un contrat pluriannuel entre le Gouvernement et l'Établissement, à réexaminer périodiquement (tous les cinq ou dix ans par exemple) pour ajustement (agrandissement des bâtiments, ou emploi de nouveaux enseignants, en fonction des besoins locaux, tenant compte de l'évolution du nombre d'élèves, par exemple).
Mais il devrait y avoir d'autres agences chargées d'encourager les expériences pédagogiques, possédant elle-mêmes un budget propre, qu'elles seraient chargées de distribuer sur concours. Ce procédé permettrait aux établissement de proposer des expériences pédagogiques sur une période limitée en temps (par exemple sur cinq ans) en soumettant un dossier proprement documenté, incluant une équipe pédagogique derrière un responsable de ce projet. Ces divers projets seraient soumis à l'examen de ces agences, lesquelles définiraient chaque année le nombre de contrats attribués aux projets les plus significatifs.
Il est aussi très important d'imaginer que ces agences pourraient dépendre d'autres ministères que celui de l'Éducation Nationale. On pourrait très bien imaginer, en effet, que le Ministère de la Santé, ou ceux des Sports, de la Culture, de l'Économie ou de la Défense, souhaitent avoir la tutelle de leurs propres agences pour orienter la politique pédagogique des établissement scolaires vers des objectifs d'importance nationale mais non directement liés aux disciplines de bases enseignées traditionnellement. Par ce biais, chaque ministère pourrait attribuer une part de son budget à une agence spécialisée, dont l'objectif serait d'encourager les établissements scolaires candidats à proposer des formations adaptées à certains aspects de la vie nationale.
Enfin, il est en effet essentiel que l'établissement, par le truchement de son Conseil d'Administration et de son Président, soit au premier chef intéressé à encourager ces divers initiatives venues de ses personnels. Ainsi il serait important que chacun de ces financements contractuels comporte un pourcentage récupéré par l'établissement scolaire pour son budget général, le reste, géré par l'établissement, étant à la disposition de l'équipe pédagogique ayant soumis le projet initial, pour son exécution durant la période de validité de ce contrat.
Jean B a dit…
Le fonctionnement de telles agences pourrait s'inspirer de celles qui existent pour la recherche scientifique, qu'il s'agisse du CNRS en France, de la DFG en Allemagne, ou de la NSF, de la NIH, aux États-Unis. Chacune de ces agences a un fonctionnement différent. Mais elles constituent toute des commissions d'experts choisis parmi les professionnels pour choisir les projets, soit selon un processus de nomination, soit par un processus électoral, selon les pays, sur des durées qui peuvent aller du cas par cas aux mandats pluriannuel. Chacune de ces agences comporte des personnels plus permanents chargés de gérer son budget, de choisir les objectifs à poursuivre, d'organiser et de guider les commissions d'experts. On pourrait aussi imaginer que chacune de ces agences pour l'éducation soit soumise, comme c'est le cas dans plusieurs pays pour la recherche, à la responsabilité des organes législatifs du gouvernement afin de s'assurer que les budgets attribués soient gérés conformément à la politique décidée par l'organe exécutif du gouvernement.

Une telle liste de propositions est probablement incomplète. Mais ce n'est pas mon objectif d'en avoir la maîtrise d'oeuvre. Pourtant elle encouragerait les professionnels de l'éducation à s'adapter aux besoins sociaux du pays, à écouter les divers points de vue. Au lieu d'une bureaucratie centralisée et toute puissante, ces propositions exploiteraient plus efficacement les compétences des intervenants, qu'ils soient éducateurs ou personnels de service qui, bien souvent auraient leur mot à dire dans leur contact avec les élèves.
Mais, il est aussi très clair qu'elles remettraient en cause certain principes républicains explicites ou implicites. L'égalité des chances serait modulée par la diversité des propositions, au profit de la liberté d'action octroyée aux établissement et à ses personnels. Et on peut très bien imaginer qu'elles mènent à des dérives indésirées, comme la constitution d'établissements confessionnels ou idéologique, malgré l'exercice indirect du contrôle gouvernemental. Mais, dans ce cas, ce serait moins le système que l'opinion majoritaire des citoyens, exprimée par les urnes, qui en seraient la cause, et, dans une telles situation, aucun système ne pourrait empêcher cette majorité démocratique d'imposer ses choix.

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