Amour de terre lointaine

L'ancien communiste dit :
  1. J'admets m'être trompé et je m'en excuse auprès de toutes les personnes auxquelles, à l'époque, j'ai tenté d'imposer mon discours de façon souvent brutale et irrespectueuse.
  2. À titre personnel, je n'en fais pas une affaire, je ne nourris pas de regrets, dans la mesure où alors le monde était autre et moi aussi.
  3. Je ne prétends pas rester fidèle à moi-même, au moins sur le registre de l'opinion, et je prends garde de m'en vanter. 
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Edmond Jabès intitule l’un de ses recueils Je bâtis ma demeure. Nice Nord est l’environnement que je construis, aménage, organise, transforme, complète, agrémente, perfectionne au jour le jour, un peu aussi comme Claude Monet faisait de son jardin de Giverny, dans le but d’y vieillir et d’y mourir à ma façon. Je le laisserai en héritage à mes enfants comme à tous ceux qui voudront le visiter et, peut-être, à leur tour, y ajouter quelques branches.

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Soleil voilé. Du vent. Les oiseaux crient très fort.

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En arrivant au sommet de Las Planas, vendredi matin, m’est revenue à l’esprit une note de Francis Ponge, dont je savais qu’elle figurait dans son Pour un Malherbe que j’ai lu il y a fort longtemps (je me revois sur la terrasse de Bendejun), note dont j’avais fait grand cas à l’époque mais dont je me suis dit que j’aurais du mal à la retrouver. Et puis, le soir, il m’a suffit de quelques minutes. Elle est datée du 15 avril 1955, et en voici le texte : “Pour ceux qui sont nés non loin de la Méditerranée, pas de doute : la Beauté existe. Et quelle folie d’habiter loin d’elle ! Quelle folie, quelle absurdité de s’en exiler ! C’est celle de la Fontaine de Nîmes, celle du moindre figuier. Celle du moindre cabanon à outils dans une vigne, non loin parfois d’un pin, d’un pin parfois parasol. C’est la mer scintillant comme un tesson de mosaïque entre les oliviers. C’est la grandeur rose et maïs des choses de la statuaire et de l’architecture et des inscriptions mythiques sous le soleil” (Œuvres complètes, vol. II, 2002, pp. 223-224).

Las Planas est un quartier de H.L.M. Pour autant, du haut de sa colline, il domine la ville. Il la couronne. Ses logements n’ont pas vue sur la mer, parce que les bâtiments sont construits en retrait et qu’ils se masquent l’un l’autre. Mais il suffit de se rendre sur la placette qui marque le terminus de la ligne d’autobus et qui forme un balcon sous les arbres. Ce qu’on appelle aussi un panorama. Se peut-il que, de là-haut, par certains matins clairs, on aperçoive les montagnes de la Corse ? Et, pourquoi pas, les côtes du Maghreb, qu’on a quitté et qu’on continue d’aimer de cet amour lointain dont parlait Jaufré Rudel ? 

Amors de terra lonhdana
Per vos totz lo cors mi dol ; 
E non puesc trobar mezina
Si non au vostre reclam
Ab atraich d’amor doussana
Dinz vergier o sotz cortina
Ad dezirada companha.

(Amour de terre lointaine, / Par vous tout le cœur me deuil / Et ne puis trouver remède / Sinon en votre appel / Par attrait de doux amour / En verger ou sous courtine / Avec la compagne désirée (Poètes et Romanciers du Moyen Age. Éd. Albert Pauphilet. La Pléiade, 1952, pp. 780-781)).

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Pour tester un nouveau micro conçu pour s’adapter à mon Google Pixel 7 Pro, je retourne à un texte sans doute le plus ancien de Nice Nord (dans Prestiges), puisqu’il date de 1974. Il s’intitule Neige et sable. Et je n’enregistre pas sa lecture sans y ajouter deux ou trois bribes, ici ou là. Ce fragment, si mon souvenir est exact, était la transcription d’un rêve. Il fait sans doute aussi écho à la lecture des livres de Claude Ollier, que nous pratiquions à l’époque, Michel et moi, ainsi peut-être qu’à certaine scène de Chinatown, le film de Roman Polanski qui date de 1974. (Où ai-je lu que David Lynch avait beaucoup aimé ce film et que Mulholland Drive lui doit quelque chose ?). Podcast.

[Vous pouvez retrouver cette note à sa place dans le projet Nice Nord. N'hésitez pas à en demander l'accès. C'est libre et gratuit.]



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