Arrière-plan

L’utilisation des Moulins à paroles (M@P) est simple. Il est possible de se former à leur pratique et de la mettre en œuvre de manière efficace sans se préoccuper de l’arrière-plan théorique. Celui-ci pourtant diffère de la conception de la langue couramment admise, qui fait de la parole une fonction naturelle et de l'écriture une simple technique de codage. Et peut-être, pour mesurer l’apport des M@P aussi bien que pour comprendre les résistances auxquelles leur diffusion se heurte, n’est-il pas indifférent de s’y intéresser.
Le système de propositions que je présente ici est en cours d’élaboration. Je prévois d’y faire beaucoup d’ajouts et de corrections dans les mois qui viennent. Chaque mise à jour est datée.
C.J.

Mise à jour du 22 mars 2019

  1. La langue est un bien commun.
  2. Elle n’est pas inscrite dans notre cerveau. Elle ne fait pas partie de notre patrimoine génétique. Si elle en faisait partie, tous les humains parleraient la même.
  3. Personne ne l’a inventée (+).
  4. On l’apprend (+).
  5. Une langue est composée de textes dans lesquels la grammaire (avec ses règles) et le lexique (avec ses mots) ne se séparent pas. 
  6. Un texte est un énoncé qu'on répète dans sa forme. L'écriture peut y aider.
  7. L'écriture doit être regardée comme un support de mémoire. Pas comme un substitut.
  8. Les constituants ultimes d’une langue (phonèmes) se distinguent mais ne se séparent pas. Ils existent dans leurs oppositions (ON / AN). On peut les abstraire mais pas les extraire.
  9. Lire, pour un débutant, consiste à rapporter une forme écrite qu’il rencontre à une forme orale qu’il connaît. En français à tout le moins, il ne peut donc pas lire de mots qu’il ne connaît pas.
  10. Il ne suffit pas d’avoir entendu un mot pour le connaître. Il faut encore associer le signifiant sonore à un signifié.
  11. La principale difficulté du français tient aux irrégularités qu’il montre entre les formes orales et les formes écrites des mêmes mots.
  12. La personne qui apprend à lire a affaire d’abord à des lettres (et non pas à des graphèmes ou phonogrammes) dont le nombre ne correspond pas à celui des phonèmes.
  13. Les phonogrammes peuvent être distingués à l’intérieur du mot-forme qui les contient, quand celui-ci est lui-même identifié (lu et compris). Pour autant, ils ne peuvent pas toujours en être extraits. Comme on voit dans (ils) chantent ou berger.
  14. Un enfant qui apprend à lire alterne deux procédures. Tour à tour, (i) il se demande comme se disent les mots qu’il voit, et (ii) il observe comment s’écrivent les mots qu’il dit.
  15. Traditionnellement, dans toutes les civilisations, on apprend à lire dans des textes que l’on connaît déjà par cœur (ou presque).
  16. Lire et écrire ne se séparent pas des autres compétences linguistiques (comprendre, parler).
  17. On étudie la langue dans la réalité des textes.
  18. La connaissance d’une forme écrite enrichit la perception que le sujet peut avoir de la forme orale correspondante. Elle lui permet de passer de la conscience syllabique à la conscience phonémique.
  19. On apprend la langue à la fois à l'oral et à l'écrit (les deux apprentissages se renforcent l'un l'autre).
  20. À chaque moment de l'histoire, pour chaque groupe de locuteurs, les constituants d’une langue forment un sous-ensemble flou (+).
  21. À chaque moment de l’histoire, certains constituants de la langue (unités lexicales, formes grammaticales) n’apparaissent plus ou, au contraire, n’apparaissent déjà que dans un petit nombre de textes écrits.
  22. Un texte donne (i) à entendre des sons, (ii) à voir des lettres, (iii) à imaginer et (iv) à comprendre ce qu’il évoque.
  23. Une bonne lecture est attentive à ces quatre dimensions.
  24. L’intelligence qui permet la compréhension et la production d’énoncés ne se sépare pas de la mémoire (des mots, des textes).
  25. La lecture implique la mémorisation, et du même coup l’atteste.
  26. La mémorisation implique la compréhension, et du même coup l’atteste.
  27. La lecture implique la compréhension, et du même coup l’atteste.
  28. Quand on lit un texte, il est important de bien distinguer ce que celui-ci nous dit et ce que nous pouvons savoir, par ailleurs, de l’auteur ou de la situation évoquée.
  29. Les lecteurs d’un même texte constituent une communauté.
  30. Lire est un jeu de (bonne) société.
  31. Un texte classique est celui qui réunit la communauté de lecteurs la plus vaste.
  32. La première fois qu’on lit un texte classique, c’est parce qu’il est classique. Parce que beaucoup d’autres l’ont lu avant nous.
  33. La première lecture qu’on fait d’un texte classique consiste à essayer de reconnaître ce qui lui vaut d’être classique.
  34. On ne fait pas la même lecture d’un texte à tous les âges de sa vie.
  35. Un texte est un vestige du moment de l’histoire où il a été produit. Il en témoigne.
  36. Un texte est un vestige de la vie de son auteur. Il en témoigne.
  37. Un lecteur peut reprendre à son propre compte un texte dont il n'est pas l'auteur.
  38. On ne parle jamais qu’avec les mots des autres.
  39. Pour enseigner une langue, on a besoin de la décrire, ce qui suppose de la formaliser et la normaliser. La grammatisation d’une langue va ainsi de pair avec son enseignement.
  40. Un poème est fait pour être redit dans sa forme.
  41. Un poème, en tant qu’il est fait pour être redit, est fait aussi pour enseigner et pour apprendre.
  42. La poésie orale normalise la prononciation des mots et leurs usages. Elle marque ainsi une première étape dans le processus de grammatisation d’une langue.
  43. Un poème est mémoire à la fois de ce qu’il contient (de ce qu’il nous dit d’un état du monde au moment où il a été composé) et de sa forme (d’un état de la langue).
  44. Jusqu’à une période récente, poésie, mémoire, grammatisation et école ont eu partie liée.
  45. Les Moulins à paroles (M@P) renouent leur alliance.
  46. Une activité d'apprentissage est profitable quand, pour l'élève, les objectifs à atteindre sont clairs et que la réussite lui semble à sa portée.
  47. Les erreurs sont profitables quand l'élève peut les dénombrer de mémoire et en sourire. Sinon, l'activité d'apprentissage a été mal choisie ou mal conduite.
  48. L'objectif principal est de faire d’un texte littéraire l’objet d’une méditation de pleine conscience. Pour que l’élève apprenne, il est nécessaire que l'expérience se déroule de manière "simple et tranquille" (+).
  49. La lecture-écriture ne se réduit pas à une technique. C'est un savoir qui s'acquiert au fil des ans, depuis la naissance, fondé d'un côté sur les usages oraux, de l'autre sur la connaissance des textes classiques. 
  50. La pratique des Moulins à paroles (M@P) est une discipline (ou une ascèse).

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